J'ai peur !
"Je suis élève infirmière et je vais mourir.
J'écris cette lettre à vous toutes qui vous préparez à devenir infirmière,
dans l'espoir de vous faire partager ce que je ressens, afin qu'un jour vous
soyez peut-être mieux capables d'aider les mourants.
J'ai encore à vivre entre un et six mois, un an peut-être,
mais personne n'aime aborder ce sujet.
Je me trouve donc en face d'un mur solide et
désert qui est tout ce qui me reste. Le personnel ne veut pas voir
le malade mourant en temps que personne te par conséquent ne peut communiquer
avec moi. Je suis le symbole de votre peur, quelle qu'elle soit , de votre peur
de ce que nous savons que nous devrons tous affronter un jour.
Vous vous glissez dans ma chambre pour me porter mes
médicaments ou prendre ma tension, et vous vous éclipsez une fois votre tache
accomplie.
Est-ce parce que je suis élève infirmière ou simplement est-ce en tant qu'être
humain que j'ai conscience de votre peur et sais que votre peur accroît la
mienne ?
De quoi donc avez vous peur ?
C'est moi qui meurt.
J'ai conscience de votre malaise mais je ne sais que dire ni que faire. Mais
je vous prie de m'en croire, si vous vous souciez de moi, vous ne pouvez me
faire de mal. Admettez seulement que vous avez ce souci : je n'ai besoin de rien
d'autre. Ne vous sauvez pas. Patientez. Tout ce que j'ai besoin de savoir, c'est
qu'il y aura quelqu'un pour me tenir la main quand j'en aurai besoin.
J'ai peur.
Peut-être êtes vous blasés sur la mort: pour moi,
c'est nouveau.
Mourir, ça ne m'est jamais arrivé.
C'est en quelque l'occasion unique. Vous parlez de
ma jeunesse , mais quand on est en train de mourir, on n'est plus tellement
jeune. Il y a des choses dont j'aimerai parler: ça ne vous prendrait
pas tellement de temps, de toute façon vous en passez pas mal dans la maison. Si
seulement nous osions avouer où nous en sommes et admettre, vous comme moi, nos
peurs. Est-ce que vraiment cela vous ferait déchoir de votre précieuse
compétence professionnelle ? Est-il vraiment exclu que
nous communiquions comme des personnes de façon qu'à l'heure où se sera mon
tour de mourir à l'hôpital, j'ai auprès de moi des amis ? "