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Atemporelle réunion

Nous ne sommes pas seuls ! Hommage

mai 2026 - © copyright Thierry TOURNEBISE  

ABONNEMENT LETTRE INFO gratuite

Ce thème viendra agrémenter le
3e colloque de maïeusthésie
 
"Expérientiel et cognitif"

Sur ce thème, il se tiendra du 1er au 5 juin 2026 à Saint Antoine l’Abbaye en Isère 
Inscription (places limitées). Tous les détails sur le site dédié  (réservé aux personnes au moins stagiaires)

Il y a à peine une quinzaine d’années, j’ai eu le privilège de rencontrer André de Peretti. André, psychosociologue, pédagogue, a été un grand ami de Carl Rogers. A cette époque il avait près de 95 ans et moi 60 à peine passés. Très touché par la maïeusthésie, il ne se lassait pas de me dire que son ami Carl l’aurait appréciée également. Cela le conduisit même à rédiger la post face d’un de mes ouvrages (Le grand livre du psychothérapeute).

Il lut plusieurs de mes articles avant leur publication en m’offrant ses commentaires. Nous échangions aussi au téléphone, en nous disant que nous étions tous deux d’une belle différence de génération, mais autant interpelés l’un que l’autre par l’humain, la psychologie, la philosophie, la compréhension de l’existence, et par cette humanité qui s’y manifeste. Ainsi que le disait Pierre Teilhard de Chardin (qui était aussi un de ses amis) nous étions une sorte d’assemblée atemporelle contribuant à une émergence en cours d’accomplissement :

« La conscience monte à travers les vivants » (Teilhard de Chardin, 1955,p.195)

Modestes représentants de cette conscience surgissant au monde, nous contribuons tous à cette émergence. Nous avançons « ensemble » de façon atemporelle et a-topique. Tellement d’humains forment ainsi une équipe affranchie du temps et de l’espace, tentant de rendre plus claire et plus accessible ce que la Vie a bien voulu nous laisser approcher, et qui ne doit rester le privilège de personne : cela doit être accessible au plus grand nombre.

Depuis la nuit des temps jusqu’à nos jours… quelle équipe ! L’idée m’est venue de réunir plusieurs de ces contributeurs en un groupe de partage. Qui ? Où ? Quand ? Comment ? Eh bien c’est ce que je vais vous partager dans les lignes qui vont suivre.

 

Sommaire

1/ Réunir un groupe en contemporanéité
- De la préhistoire à nos jours – La réunion – Émergence de la Conscience – Quarante invités  

2/ Où et quand ?
- Le lieu (a-topique) – La date (uchronique)

3/ Comment et qui ?
- Convocation – L’intention vers qui ?

4/ Accueil
- Comment arrivent les participants - Les premiers arrivés – Puis quelques autres – Une atmosphère libre des lieux et du temps - Les derniers arrivés (de façon atemporelle)  

5/ Pourquoi nous sommes là ?
- Pas d’ordre du jour – Une direction sans espace – Vers ce qui attend qu’on le rencontre

6/ L’attention et la Conscience
- Attention commune vers la Conscience – La Conscience s’amuse avec l’Intellect

7/ Nous ne sommes pas seuls
- Finalement ce fut une magnifique réunion – Au moins nous ne sommes pas seuls  

 

Bibliographie
NOTES de fin de texte

Bibliographie du site

    Des notes de fin de texte explicitent et justifient les propos de chacun.
Elles seront indiquées ainsi : 1, 2, 3…

   

1    Réunir un groupe en contemporanéité

1.1 De la préhistoire à nos jours

Ils sont tellement nombreux ! De la préhistoire jusqu’à nos jours, comment en convoquer certains, sans en froisser d’autres ? D’autant plus qu’il y a ceux qui ont laissé des traces, mais il y a aussi tous ces membres de l’humanité qui, sans laisser de traces écrites, ont par leurs réflexions et leur sensibilité tout autant contribué discrètement à notre cheminement à tous. Nous leur devons tellement aussi !

1.2 La réunion

L’idée de réunir de tels contributeurs est très grisante. Mais lesquels, combien d’entre eux, quand, et comment ? Cela peut être réalisé dans un rêve, mais c’est trop « onirique ». Ou encore dans une sorte de science-fiction, mais c’est trop « fantastique ». Ou bien dans une sorte de « réalité uchrotopique », mais une telle « réalité » n’est-elle pas un peu « surnaturelle » ?

Cela dépend finalement de la façon dont nous considérons le temps ! En fait je penche surtout pour une « vraie rencontre » entre ces contributeurs, en un colloque (réunion de co-locuteurs) où, ni le temps ni l’espace, ne viendraient troubler l’événement. Il est vrai que cela facilite grandement l’intendance !

1.3 Emergence de la Conscience

Hors du temps et de l’espace, une sorte d’instant suspendu, où nous contribuerions tous ensemble à cette émergence de la Conscience (que nous écrirons désormais avec un « C » majuscule pour souligner son importance). Peut-être ainsi comprendrons-nous mieux le monde et cette humanité qui s’y trouve ? Un monde de joies et de peines, riche d’innombrables sources d’émerveillement et de réjouissance, sans pour autant être épargné de grandes souffrances.

1.4 Quarante invités

Parmi celles et ceux que j’envisage d’inviter (on ne peut les inviter tous !) il y a 11 philosophes, 13 psys, 5 historiens, 11 scientifiques (mathématiciens, astrophysiciens, astrobiologistes, pédagogues, etc.), dont une dizaine seulement sont contemporains. Cela fait 40 personnes !

Nous constatons, hélas, que l’histoire nous a laissé plus de « ceux » que de « celles »… Heureusement il y a de plus en plus de femmes qui s’expriment parmi nos contemporain.e.s. Il aurait pu y en avoir avant, mais jadis il n’était pas aisé pour elles d’avoir la parole. Pourtant nous leur devons tout autant qu’aux hommes.

Outre l’énorme travail qu’elles ont toujours accompli, elles sont nombreuses à être restées garantes de cette sensibilité qui nous constitue. Bien des hommes les ont dédaignées. Ils ont tout autant dédaigné cette sensibilité qui les constitue eux aussi, croyant ainsi affirmer leur virilité, alors que c’est elle qui leur donne leur masculine humanité.

Ainsi, hélas, les femmes sont moins nombreuses dans cette assemblée ! Mais nous ne manquerons pas de rappeler que, même si leur contribution fut discrète, elle fut abondante. Elle fut même en grande partie une « source essentielle » tout au long de notre histoire... si importante que bien des hommes en ont pris ombrage et ont engagé une démarche de « féminicide » (« faire taire ou tuer le féminin en général », et pas seulement tuer une personne [ce qui est très grave aussi !]). Cela revient à tenter de supprimer ce qui constitue tout un pan de l’humanité.*

*Nous retiendrons qu’un « fémicide » est le fait de tuer volontairement un humain de sexe féminin, alors que le « féminicide » est le fait de vouloir « tuer le féminin » en général. En termes de gravité, cela se rapproche alors plutôt de « génocide » (Christelle Taraud, « Féminicides- une histoire mondiale » 2022).

En dépit de ces gigantesques obstacles, le regard, la pertinence, la sensibilité et la capacité de chercheuses de bien des femmes a grandement contribué à nourrir la réflexion de l’Humanité. Qu’elles en soient chaleureusement remerciées.  

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2    Où et quand ?

2.1 Le lieu (a-topique)

Quand on organise une réunion, il convient de trouver un lieu. Quel lieu pourrait accueillir une telle assemblée ?

Nous sommes habitués à ce que le mot « utopie » désigne quelque chose qui n’existe pas. Or il désigne plutôt ce qui existe sans être concerné par l’espace (u-topos). Un peuple nomade qui n’est associé à aucun espace serait ainsi un « peuple utopique » (a-topique)… utopique, mais bien réel ! …ce qu’hélas on peine souvent à lui accorder.

Cette réunion serait alors une assemblée de « nomades de la Conscience » qui oseraient penser différemment si c’est nécessaire, libres des modes et des contraintes.

2.2 La date (uchronique)

Le mot « utopie » concerne l’espace. Il a son équivalent temporel : « uchronie ». (u-khronós). Là aussi, il ne s’agit pas de quelque chose qui n’existe pas, mais de quelque chose qui existe sans être concerné par le temps.

La « date » de la réunion serait alors fixée dans un présent atemporel. Vous ne pouvez pas la manquer, elle se déroule dans un « maintenant » d’éternité ! Tous les participants se retrouvent ainsi en contemporanéité. Voici un événement original, inattendu, improbable… mais savoureux, dans lequel le mot « présent », qui signifie aussi « cadeau », n’a jamais aussi bien porté son nom.

Une sorte d’instant de grâce, riche d’échanges et de réflexions qui habituellement sont éparpillés dans le temps. Les réparties spontanées des uns et des autres seraient une nouvelle richesse offrant à la Conscience une belle opportunité de se déployer encore un peu plus.  

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3    Comment et qui ?

3.1 Convocation

Maintenant que les histoires de lieu et de date sont réglées, reste à savoir comment procéder à l’invitation de chacun. On ne peut adresser un courriel à un interlocuteur de l’antiquité, ni même du XIXe siècle !

Notre seule intention tournée vers eux pourrait-elle y parvenir ? N’est-ce pas un peu osé de penser une telle chose ? Vous savez, un peu comme quand on pense à un ami ou parent, et que soudain il vous téléphone. C’est osé, mais nous n’avons que cela pour les inviter !

Seront-ils tous présents ? Eh bien nous accueillerons avec bonheur et simplicité ceux qui viendront. La simplicité devra rester essentielle. Nos échanges se feront sans emphase, sans effet de style, ni de vérité absolue, juste de cœur à cœur, du moins nous essayerions d’échanger ainsi, en humbles contributeurs.

3.2 L’intention vers qui ?

Voici ceux vers qui s’est tournée mon intention pour cette réunion. Tels des « courriels intentionnels », mes invitations sont parties au gré d’un vent atemporel et non spatial (uchrotopique). J’espère qu’elles leur parviendront… et qu’ils pourront nous rejoindre.

Les voici, par ordre alphabétique de prénoms (car nous nous nommerons chaleureusement par nos prénoms). Il y en a donc 40, dont 10 contemporains (noms en bleu).

3.2.1    Les onze philosophes

Hannah Arendt, Epictète, Erasme, John Stuart Mill, Edgar Morin, François Jullien, Gottfried Wilhelm Leibniz, Lao Tseu, Plotin, René Descartes, Sénèque.

3.2.2    Les treize psys

Abraham Maslow, Carl Gustav Jung, Carl Rogers, Donald Woods Winnicott, Elisabeth Kübler-Ross, Fritz Perls, Frans Veldman, Karl Jaspers, Marshall Rosenberg, Maria Montessori, Martin Heidegger, Sándor Ferenczi, Virginia Johnson.

3.2.3    Les cinq historiens

Pierre Teilhard de Chardin, Marylène Patou-Mathis, Pierre Kropotkine, Rutger Bregman, Theodor Zeldin.

3.2.4    Les onze scientifiques : polytechniciens, astrophysiciens, astrobiologistes, mathématiciens…

Alexandre Grothendieck, André de Peretti, Charles Darwin, David Elbaz, Edwin A. Abbott, Hélène Courtois, Jean Charon, Joël de Rosnay, Nathalie Cabrol, Thomas Hertog, Trinh Xuan Thuan.

3.2.5    L’arrivée d’un invité surprise s’ajoutera à ces 40 invités !

A découvrir en fin de réunion !

**

Voici Une rencontre exceptionnelle, atypique, a-topique et atemporelle (uchrotopique), pour des échanges vivants, autour de notre humanité.

Je me sens honoré d’être à l’initiative d’une telle rencontre. La maïeusthésie* ne résulte pas directement du travail de toutes ces personnes puisque je les ai découvertes seulement après avoir structuré cette approche : au-delà d’une petite formation initiale terminée en 1977 (psychosomatique), je l’ai structurée par l’expérience clinique (depuis 1979), mais aussi par un cheminement personnel… et surtout grâce à plus de 54 années de partage avec Danielle mon épouse qui m’a accompagné dans cet extraordinaire parcours. Ce n’est que tardivement (à partir de 2005, donc il y a 20 ans, j’avais 54 ans) que, émerveillé, j’ai eu progressivement le bonheur de faire leur connaissance.

*Maïeusthésie : approche qui ne se substitue à aucune approche conventionnelle ou médicale quand celle-ci est nécessaire, et qui en ce cas en est juste complémentaire.

Même si je ne les avais pas encore découverts, je leur devais déjà beaucoup, comme à tant d’autres, ainsi qu’à d’anonymes penseurs de tous les temps. Grâce à eux, nous sommes aujourd’hui capables de conceptualiser et d’échanger tant de choses si subtiles… y compris avec la dimension artistique. Notre reconnaissance peut aller jusqu’à la nuit des temps… au moins jusqu’à la préhistoire !

Je les ai découverts par la lecture… là, je me réjouis de les réunir pour un échange de vive voix, en libre interaction, simple et amicale. Pourtant je ne suis pas certain que les 10 contemporains puissent nous rejoindre ! J’ai tout de même une chaleureuse pensée pour eux… nous verrons bien.*  

*Les propos que je leur prête dans ces échanges sont bien-sûr une fiction, mais inspirée par la lecture de leurs ouvrages (références en notes à la fin de ce texte). Cela permet de réunir leurs idées et leurs recherches dans une interaction éclairante, en contemporanéité.

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4     Accueil

4.1 Comment arrivent les invités

Ils ne vont pas arriver par ordre alphabétique ! Ni par spécialités ! Ils n’arriveront pas en même temps non plus car, bien qu’atemporelle, il se trouve dans cette réunion une succession, un écoulement de quelque chose, que nous ne saurions appeler « temps ».

En compagnonnage sympathique, en plus de nous appeler par nos prénoms, nous prenons l’option de nous tutoyer, non par manque de courtoisie, ou par une familiarité déplacée, mais au contraire pour souligner notre proximité en humanité et la considération que nous nous accordons réciproquement.

Aucun d’entre nous n’est au-dessus d’aucun autre. Nous sommes tous en équivalence, entre pairs d’humanité, même si certains sont bien plus célèbres que d’autres, avec une œuvre conséquente, cela ne nous porte ni à le revendiquer, ni à l’idéaliser, encore moins à s’en enorgueillir de quelque façon que ce soit.

Chose incroyable : dans un tel « espace » (sans espace) et un tel « moment » (sans temporalité), il n’y a pas de barrières de langue… nous nous comprenons spontanément ! ça nous arrange bien car nous serions bien en peine de jongler entre le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, le hongrois, le néerlandais, le grec ancien, le chinois, le vietnamien…

Je vous accorde que cela fait beaucoup d’éléments facilitateurs… mais c’est ce qui va nous permettre de vivre la suite.

4.2 Les premiers arrivés

Thierry : « Bonjour Abraham. Quel privilège de te rencontrer. Te voilà le premier. Sans doute parce que je t’ai tellement cité ! ».

-       Abraham (Maslow) : « En effet et je t’en remercie. Il était temps qu’on me sorte de cette stupide pyramide où l’on a tenté de me sarcophagiser ! Et dire que je n’ai jamais parlé de pyramide et qu’on retient surtout cela ! »

Thierry : « Nous te devons de si nombreuses notions trop rarement évoquées, pour ne pas dire presque jamais : Les besoins ontiques comme fondement et non comme sommet ; le fait qu’il s’agisse surtout d’aider un patient à devenir qui il a à être, et non de le guérir d’une quelconque maladie psy. »

***

Thierry : « Ah, bonjour Carl. André (de Peretti) m’a tellement parlé de toi. Quelle magnifique délicatesse se dégage de ton approche ».

-       Carl (Rogers) : « Comme André te l’a dit, effectivement j’apprécie beaucoup la maïeusthésie. Elle poursuit harmonieusement cette humanité à laquelle je souhaitais sensibiliser les praticiens. On m’a même traité d’angélique… mais pas comme un compliment ! J’avais pourtant beaucoup de rigueur dans mes recherches, et j’ai tout mis en œuvre pour qu’elles soient précises et rigoureuses. J’aime bien la forme de ton propos qui est structuré, mais aussi très sensible, tout en nuances. Nous faisons tant de choses subtiles pour lesquelles nous n’avons pas de mots ! ».

Thierry : « En effet, tu évoques souvent la notion de ’’reflet’’ pour désigner la reformulation, ou celle ’’d’empathie’’ pour désigner la proximité existentielle ! Il a fallu que tu arrives au bout de ton existence pour oser le nommer ’’relation transcendée où chacun perçoit l’autre’’. En effet nous peinons à nommer avec suffisamment de précision ce que nous faisons, parfois même sans nous en rendre compte. Cela devient alors d’autant plus difficile à enseigner. Nous en sommes tous là, d’où l’idée de nous rencontrer pour gagner encore en précision. »

**

-       Carl (Jung) : « Bonjour Abraham, Carl et Thierry. Je m’y retrouve aussi. »

« Bienvenue Carl. Ton inspiration à propos du Soi et de l’individuation est tellement en harmonie avec ce que nous propose Abraham quand il invite à accompagner les patients vers ce qu’ils ont à être, qu’ils sont déjà sans le savoir. »

-       Carl (Jung) : « C’est savoureux de partager ces notions avec le sentiment d’être compris, de pouvoir y mettre des mots qui sont entendus. J’ai accompli tant de recherches un peu en solitaire ! »

Thierry : « Ce que tu as osé est d’autant plus méritant à une époque où de telles idées n’étaient pas forcément bienvenues. Tu as dû faire face à quelques érudits mécontents ! Tu as osé aborder la transcendance… alors tu ne t’es pas fait que des amis ! 

C’est Magnifique de vous trouver tous les trois ! Prenez place. Il est vrai que 40 ça fait un grand cercle ! Mais comme la réunion est a-topique, cela ne devrait pas trop nous gêner. »

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Thierry : « Epictète ! Bonjour. Merci de venir représenter le souffle de l’antiquité. »

-       Epictète : « Bonjour à tous. Il m’a semblé voir que certains principes ont fait du chemin depuis mon époque ! »

Thierry : « Ah oui Epictète. Mais déjà tu proposais des choses essentielles, qu’aujourd’hui encore bien des gens ignorent. A savoir que si ton frère te fait offense, ne le prend pas par l’offense qu’il te fait, mais par le côté qui présente un frère. 1.

Bien-sûr, l’Être avant les choses ! C’est une question d’ergonomie relationnelle. En maïeusthésie, nous abordons cela et tentons de le rendre plus familier. Ton ’’Manuel’’, corédigé avec Aryen, nous laisse un concentré de justesses qui, en dépit de ses deux millénaires n’a pas pris une ride. »

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Thierry : « Erasme et Sénèque. Bonjour !

Erasme, merci pour ta médiévale présence. Déjà, au moyen-âge, tu parlais de l’ego des nations, et de l’illusion des frontières. Tu souhaitais aussi qu’on ne dise pas de mal de la folie tant elle joue souvent un rôle essentiel. Quelle magnifique inspiration !

Sénèque merci de renforcer la présence de l’antiquité aux côtés d’Epictète. Toi pour qui la vie n’est pas longue du fait de sa durée, mais du fait qu’on en n’a rien retranché ! Tu es en quelques sortes un précurseur de la psychothérapie » 2.

-       Erasme : « Au moins vous avez réuni cette Europe dont j’avais l’intuition 26. Et je me réjouis que la maïeusthésie propose de considérer autrement les troubles mentaux. »

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-       Sénèque : « Si vous saviez combien, déjà à mon époque, les gens pensaient plus à se bronzer et à jouer aux échecs que de se poser de vraies questions sur la vie. Ceux-là finissaient souvent leur vie à peine plus évolués qu’un nouveau-né… non par manque de capacité, mais parce qu’ils ne se donnaient pas le moyen de les développer. »

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-       Plotin : « Je viens ajouter à ce souffle de l’antiquité. Je me réjouis de me joindre à vous, notamment Epictète et Sénèque. J’ai touché tant de choses subtiles grâce à plusieurs expériences de sortie de mon corps… difficile d’en rendre compte à mes contemporains. Cela serait-il plus aisé aujourd’hui ? Cette Unité primordiale, l’Un : qui n’existe pas car sa nature n’est pas d’exister, mais qui est la source de tout ! »

-       Lao Tseu : « Tout à fait d’accord avec toi Plotin, c’est comme le Tao qui est semblable à une musique sans notes ou à un vase sans contours… mais qui est source de tout. » 3

Thierry : « Super que vous soyez là, Lao Tseu et Plotin. Votre sensibilité à la transcendance est incroyable. La mise en mots de ce qui ne se pense même pas… voilà votre point fort. « L’indicible » c’est déjà une difficulté… mais le « non pensable », ça va encore plus loin ! Hélas peu de penseurs ou de praticiens s’en occupent. Ce qui est non pensable, nous n’avons pas un intellect capable de nous le représenter… non par manque d’apprentissage, mais juste parce que ce n’est pas sa zone de compétence. Là nous ne touchons plus seulement à l’imaginaire, mais à l’expérientiel. Le défi est de pourvoir tout de même le partager… et ça, vous y avez joliment contribué. »

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-       John (Stuart Mill) : Je vous apporte le bonjour de la Grande Bretagne ! »

Thierry : « John. ! Bienvenue. Quel bonheur de t’avoir parmi nous. Comment as-tu fait dans les années 1800 pour oser de tels propos sur la liberté d’expression de chacun ? Tu as osé nous rappeler que même une erreur permet d’affûter les vérités de ceux qui ont la chance d’avoir cette vérité. Tu as aussi osé nous faire remarquer que : est utile seulement ce qui apporte du bonheur à la personne elle-même, mais aussi au plus grand nombre… et à tout ce qui vit. Tu vois large ! Quelles paroles magnifiques ! Nous aurons certainement besoin de ta contribution. » 4.

4.3 Puis quelques autres

Thierry : « Bonjour Elisabeth. Merci d’être parmi nous. Ton regard sur la vie et sur la fin de vie a permis de belles avancées dans l’accompagnement des patients à une époque où on ne savait pas trop s’en préoccuper. Certes, à cause de cela tu as soulevé quelques lourdes tempêtes chez les confrères qui t’ont été dommageables… car il y avait pas mal de désaccords dans la profession. Pourtant, tu as persévéré sans fléchir. Nous te devons beaucoup. J’ai lu tes ouvrages avec bonheur. Je suis heureux de te rencontrer. »

-       Elisabeth (Kübler-Ross) : « Bonjour à tous. Ça fait du bien de se retrouver entre pairs. C’est vrai que ça n’a pas toujours été simple de faire passer ces nuances auprès du monde médical de l’époque. En plus en tant que femme ! »

Thierry : « Tu confirmes hélas ce que nous constatons. Il y a trop peu de femmes dans le monde psy. Elles auraient été à même de nous faire bénéficier de subtilités essentielles. Hélas, quelques soi-disant érudits les ont noyées dans de stupides croyances en l’hystérie. L’univers psy a longtemps été trop masculin. D’ailleurs, John doit à son épouse d’avoir remonté la pente. Elle lui a fait découvrir tout un univers de sensibilité que son père lui avait anéanti, ne voulant faire de lui qu’une machine intellectuelle, en laquelle il ne se reconnaissait pas du tout. S’il ne l’avait pas rencontrée, il aurait probablement mis fin ses jours, tant c’était loin de sa justesse intime. »

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Thierry : « Justement voici Virginia. Bonjour Virginia ! Merci d’être parmi nous. Avec Elisabeth ça fait déjà deux femmes. Toi aussi, tu as tellement apporté. Sans toi les recherches de Bill* n’auraient pas si bien abouti. Tu as su avoir les mots qu’il fallait pour motiver celles et ceux qui se sont prêtés aux expérimentations sur la sexualité. Il fallait beaucoup de compétences et de délicatesse pour cela. »

*Bill Master : Gynécologue, Collège de recherche puis compagnon de Virginie (qui était sa secrétaire puis a tenté psycho, mais sans elle il n’aurait pu faire aboutir ses recherches).

-       Virginia (Johnson) : « Oui, d’ailleurs que d’obstacles ! Ils m’ont même refusé le diplôme de psychologue alors que sur le terrain j’ai tellement obtenu de résultats. Avec Bill nous avons accompagné des couples avec des résultats confirmés après cinq années ! » 5.

Thierry : « Je n’ai pas manqué de remarquer ça, Virginia. Quand j’ai lu un de vos ouvrages c’est quelque chose qui m’a beaucoup touché ! Également le fait de ne pas considérer des maladies, mais plutôt des rencontres à accomplir et aussi de ne pas stigmatiser le porteur de symptôme. Tu avais déjà une sensibilité systémique. En plus, tu fais bien le pont avec notre époque puisque tu as même supervisé avant la fin de ta vie la série télévisée « Master of sex »*. Cette série aborde toutes les péripéties de chercheurs auxquelles toi et Bill avez été confrontés. »

*Série télévisée américaine, diffusée en 46 épisodes entre 2013 et 2016 (Michelle Ashford et Thomas Maier)

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Thierry : « Ah, Pierre ! tu es le garant de notre humanité ! »

-       Pierre (Kropotkine) : « Oh je ne suis qu’historien et zoologue, mais il est vrai que ce parcours de l’humanité m’a touché… justement par son humanité. La coopération l’a si souvent emporté sur la concurrence et l’indélicatesse ». 6

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-       Charles (Darwin) : « Pierre, tu as bien raison. Je me suis évertué à démontrer que le mieux adapté pour la survie est celui qui sait prendre soin du plus faible. Or tout le monde a retenu que c’était le plus fort ! Quelle désolation. Comment a-t-on pu détourner ainsi mes travaux de recherche ? Il n’y a qu’à lire mon ouvrage ’’La filiation de l’homme’’ ! » 7

Thierry : « C’est vrai Charles combien de fois j’ai été désolé de voir ce qu’on te fait dire ! Sois assuré qu’à chaque fois que j’en ai l’occasion je reprécise cela. D’autant que Pierre le confirme, ainsi que quelques autres. Le journaliste Néerlandais du XXIe siècle, Rutger Bregman a consacré six années de recherches pour étayer un livre en ce sens. Il y en a d’autres : Marylène Patou-Mathis, préhistorienne, fait ce même constat concernant le paléolithique. Mais la légende est tenace et l’on se complait semble-t-il à diaboliser les instincts humains… cela ferait-il recette au bénéfice de quelques-uns ? A qui cela profite-t-il ? »

4.4 Une atmosphère libre des lieux et du temps

L’arrivée de chacun se fait progressivement dans une atmosphère de bienveillance et de ravissement. Un peu comme si tous « attendaient de se rencontrer » et que cela se faisait naturellement, sans surprendre personne.

Les conversations s’engagent avec joie et simplicité, portées par une sorte d’évidence. Pourtant, nul ne sait où nous sommes, ni quand nous sommes, ni comment chacun est venu participer. Le fait est qu’ils et elles sont là, et qu’un grand moment se prépare. Il ne s’agit pas de la cire du musée Grévin, mais de présences bien réelles (même si on ne peut pas vraiment dire « charnelles »). Nous sentons ici de la pensée, de la Conscience, de la considération.

Les suivants continuent d’arriver.

4.5 Les derniers arrivés (de façon atemporelle)

Thierry : « Bienvenue Hannah. Et merci pour ton approche de la révolution qui ne doit abimer aucune base, mais invite à faire du nouveau en restant riche de l’ancien. Abîmer ce qui fut avant pour innover, serait pareil à un enfant déchirant une rose, disais-tu ! Je partage tellement cette pensée ! »

-       Hannah (Arendt) : « Merci pour ton intention de me convier. C’est avec plaisir que je me trouve parmi vous. La maïeusthésie qui respecte profondément notre antériorité nous libère un peu de cette maladresse de vouloir détruire le passé qui nous a construits, ça me touche beaucoup. »

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-       René (Descartes) : « Bonjour, moi c’est René. Je viens d’entendre que les propos de Charles ont été détournés. On peut en dire autant des miens. Les gens savants et bornés se recommandent de moi, alors que j’ai justement dénoncé que le savoir tue souvent le bon sens ; que l’intuition est essentielle ; que plus une chose est subtile plus il y a de chance qu’un seul la découvre ; qu’il est essentiel de savoir douter. Je doute donc je suis ! Alors il se peut que ceux qui sont « certis » de certitudes, hélas pour eux, ne soient plus. » 8

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-       Fritz (Perls) : « Tu as raison René. Il est important ne pas se laisser emporter dans ce qui ne nous semble pas juste. C’est pour cela qu’après trois psychanalyses et être devenu moi-même psychanalyste, j’ai tout laissé tomber pour développer une approche davantage en accord avec l’expérience vivante que je ressentais. J’y ai mis le temps…mais moi aussi j’ai osé douter et ajuster en permanence. » 9

Thierry : « Merci René pour tes inestimables apports. Je parle souvent de toi car tu mérites vraiment que l’on connaisse mieux ta sensibilité, ta créativité, ton ouverture d’esprit. 

Fritz c’est aussi formidable que tu sois resté libre, et que tu aies osé les justesses que tu découvrais. Grâce à toi il existe la Gestalt Thérapie dont bien des praticiens se sont finement emparés pour leurs patients. Même si quelques-uns ont dérapé dans trop de protocoles et ont oublié ton cheminement… ton œuvre est bel et bien là ! »

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Thierry : « Tiens, bonjour Maria. Une femme de plus dans notre assemblée. Super ! Je suis tellement désolé qu’il n’y en ait pas plus. Tu as eu tant de difficultés à surmonter, juste pour entrer en fac de médecine ! »

-       Maria (Montessori) : « C’est vrai que les hommes n’ont pas été tendres avec moi ! La société de l’époque non plus. Pas même mon père qui m’a bannie lorsqu’il a appris que j’attendais un bébé sans être mariée… car la famille de notable du père de l’enfant ne voulait pas que leur fils épouse une roturière. Je croyais en l’Amour. Les notables ou les roturiers… tant les uns que les autres semblaient avoir oublié leur humanité. Alors il y avait beaucoup à révéler de cette qualité que les enfants portent déjà en eux. »

Thierry : « Oui, ce qui est magnifique, c’est que cela ne t’a aucunement empêchée de développer une extraordinaire approche pédagogique, si délicate et si respectueuse au service des enfants ! »

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Thierry : « Frans, Marshall et Sándor, vous arrivez ensemble ! »

-       Frans (Veldman) : « Bonjour, quelle belle assemblée ! Tu sais Thierry, tu es un des rares à évoquer la notion de tact psychique. C’est vrai que tu as rencontré mon successeur Jean-Louis Rivardel.

Bien que n’ayant pas travaillé ensemble, Sándor et moi avons particulièrement insisté sur ce tact psychique, qui malheureusement n’a pas été remarqué par suffisamment de confrères. »

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-       Sándor (Ferenczi) : « Tu as bien raison Frans. Avec Theodor (Lipps) j’ai développé cette idée magnifique, que tu es un des rares à avoir si bien mise en relief avec l’haptonomie, l’évoquant même comme un fondement. L’empathie, étymologiquement en allemand, c’est le ’’tact psychique’’. Merci Thierry d’insister si souvent sur cette proximité existentielle, sur le fait de savoir être distinct sans être distant. »

Thierry : « Oui Frans, j’ai été tellement touché par ce tact psychique dont tu parles, mais qu’aussi on te voit mettre en œuvre, et même avec une profonde sensibilité face à la pertinence d’un apparent dysfonctionnement.

Sándor, non seulement avec Theodor tu es la source de la notion d’empathie, mais tu as également identifié ce clivage de la psyché en cas de trauma, ainsi que le danger de ressasser l’histoire… au risque de se refaire de multiples blessures. » 10

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-       Marshall (Rosenberg) : « Magnifique ce tact psychique ! Cela répond certainement aux besoins existentiels les plus profonds. Je regrette un peu de ne pas avoir mis davantage en exergue ces besoins-là, alors que j’ai toujours eu cette forte sensation de leur importance. »

Thierry : « Oui, Marshall, bien des gens, qui ont suivi des formations dans ton approche de communication non violente, sont heureux de retrouver ces notions dans la maïeusthésie. Nous te devons d’avoir identifié l’importance des besoins… et avec cœur. Comme Abraham tu les as listés mais, en revanche, tu ne les as pas hiérarchisés. Abraham l’a fait, mais on a fini par mettre au sommet ces besoins ontiques qu’il évoquait pourtant comme fondements 11. Bon sang ! Comme il est difficile de mettre en mots et de transmettre… on n’est jamais assuré de ce qui en sera fait ! »

Thierry : « Tiens, Martin et Gottfried ! Bienvenue. Un psy et un philosophe, formidable ! Martin, avec ta notion d’Être qui est l’entièreté de Soi passée, présente et future, au-delà du Dasein local. Gottfried, cela va bien avec ton idée de monades en déploiement. Tout est déjà là et ne fait que se déployer ! » 12

-       Gottfried (Leibniz) : « Ah cette notion de déploiement ! Elle a aussi bien été évoquée par Abraham avec son idée de simplement devenir celui qu’on a à être, qui existe déjà. Et toi aussi Carl (Jung) avec cette si précieuse notion du Soi et celle d’individuation. Je suis heureux de voir que la maïeusthésie reprend ces notions. »

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-       Martin (Heidegger) : « Parfaitement, ces notions de ’’Dasein’’, d’Etant et d’Être ont souvent été mal comprises. »

Thierry : « II faut dire, Martin, que ton ouvrage ’’Être et temps’’ est copieux, très riche, mais aussi assez complexe. Complexe… mais, à chaque ligne, on éprouve l’importance de ce que tu cherches à nous partager. »

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Thierry : « Alexandre (Grothendieck), Jean (Charon) et Donald (Winnicott), je crois que vous clôturez quasiment l’arrivée des participants. En effet, les contemporains ne seront pas encore parmi nous… c’est sans doute trop intimidant, ou trop invraisemblable pour eux, de tous vous retrouver ici !

Alexandre, j’ai été si touché de voir chez toi, chercheur en mathématique, une posture aussi fine et respectueuse que celle d’un chercheur en psy. En tout cas on y retrouve plein de principes de la maïeusthésie ! Il est vrai que les 1700 pages de ton ’’Récoltes et semailles’’ sont riches… mais ultra copieuses !

Jean, en tant qu’astrophysicien, ta notion ’’d’éons’’, particules telles des horizons ponctuels vers une vastitude existentielle, est proche de celle de monades de Gottfried. C’est une magnifique trouvaille.

Quant à toi, Donald, quelle belle humilité et juste gratitude quand tu dis ’’Merci à mes patients qui ont payé pour m’instruire !’’ » 13.

-       Alexandre (Grothendieck) : « Effectivement, en dépit de la médaille Fields* accordée pour mon travail, j’ai pris un peu de distance avec de nombreux ’’sachants’’ pédants. J’ai fini par quitter la recherche universitaire. J’en suis même arrivé à évoquer le rôle du rêve comme source essentielle. »

*Médaille Fields : prestigieuse récompense en mathématique

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-       Jean (Charon) : « Effectivement, le rêve est essentiel, y compris pour un astrophysicien. Cela n’empêche aucunement un peu de rigueur… mais aussi de témérité : J’ai même osé écrire mon ouvrage ’’L’Être et le verbe’’ à partir de la théorie des ensembles. »

Thierry : « J’ai adoré tes ouvrages Jean. ’’Je vis depuis quinze milliards d’années’’ et ’’L’Être et le verbe’’ sont de véritables bijoux démontrant comment on associe la science et « l’Âme du monde ». Alexandre, j’ai été profondément touché par cette posture si délicate, respectueuse et inspirée, que tu nous offres avec la rigueur mathématique et une infinie souplesse vers le cœur de chacun. »

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-       Donald (Woods Winnicott) : « Je me suis beaucoup occupé des enfants, et quand il s’agit d’accompagner de nouveaux Êtres au monde… je me sens un peu ’’à la maison’’. C’est un plaisir d’être avec vous ! D’ailleurs, Maria, nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais je salue la qualité de ton travail auprès d’eux. »

**

Thierry : « Ah, André (de Peretti) ! Heureux de te retrouver. Tu arrives en dernier, comme pour un peu couronner cette réunion. Tu as quitté ce monde peu après cent années de vie et, jusqu’au bout, tu as œuvré en écriture. Merci pour l’attentive lecture de plusieurs de mes articles et pour tes commentaires. Ta bienveillante présence nous sera un précieux accompagnement.

Karl (Jaspers) ne sera peut-être pas parmi nous, bien qu’il ait eu aussi cette sensibilité. Selon lui, même dans la maladie mentale, l’Être qu’est le patient est toujours là ! 14

Vous voilà donc déjà 26. Il en reste 14 à venir. Ils arriveront probablement aux moments opportuns de nos échanges. Voici une belle assemblée, mais de taille raisonnable ! Reste à voir ce qui nous réunit.  

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5     Pourquoi sommes-nous « là » ?

5.1 Pas d’ordre du jour

Nous aurions pu fixer un ordre du jour, mais cela aurait rétréci notre champ d’investigation. Pourtant c’est l’intérêt d’un ordre du jour : ne pas se perdre dans toutes les directions à la fois… et aboutir sans perte de temps à ce qui nous motivait initialement.

Pour lancer l’invitation à tous, juste par intention, définir un ordre du jour aurait été décalé par rapport au principe d’une réunion « hors espace », « hors temps » qui se trouve aussi être « hors limites cognitives ». Bien-sûr nous risquons de nous perdre dans les dédales de nos inspirations, mais ce risque est bien moins gênant qu’une limitation frustrante de nos possibilités expérientielles.

Il y a d’abord le plaisir de se rencontrer, de concrétiser cette avancée tous ensemble avec la Conscience en émergence. Cette montée de la Conscience à travers le vivant gagne alors en contemporanéité et permet de goûter une collaboration amicale, atemporelle, non spatiale. Elle permet aussi de ne pas se sentir seul dans ce parcours à la fois vaste et intime.

Nous laisserons émerger ce qui sera juste, compte tenu des richesses de chacun. Dans toutes les formations que j’ai animées depuis 38 ans, autour d’un programme bien établi, il y a toujours eu de tels élans créatifs, sources de nouveautés. Mais ici, dans notre réunion, il n’y a pas de programme ! Il n’y a pas non plus de formateur. Il y juste le goût de s’amuser ensemble, de se laisser guider par les étoiles, « le museau en l’air » ! (c’est l’étymologie de « s’amuser »).

Ce qui est certain, c’est que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer un tel groupe. Quel privilège de le vivre ici, à travers ces lignes ! Je n’y suis surtout pas formateur. Nous y sommes tous en humble équivalence.

Je n’ai fait qu’avoir l’idée de cet improbable colloque. Nous n’avons plus qu’à nous engager dans ces fructueux échanges.

5.2 Une direction sans espace !

L’assemblée se tient en cercle (c’est habituel pour un groupe de travail, une formation ou un exposé) mais ce cercle est assez particulier. Comme l’aurait dit Gottfried sa circonférence n’est nulle part et son centre partout. C’est géométriquement troublant, mais ainsi tout le monde a une place d’importance équivalente.

-       Gottfried (Wilhelm Leibniz) : « Effectivement j’avais énoncé cela au sujet de Dieu. Restons tout de même humbles, même si notre présence a quelque chose de sacré et que nous sommes tous inestimables, au même titre que tout Être en ce monde, nous ne nous prendrons aucunement pour Dieu. »

***

-       Pierre (Teilhard de Chardin) arrivant soudainement : « Je disais bien que chaque atome est le centre de quelque chose qui remplit tout l’Univers. » 25

***

-       Alexandre (Grothendieck) : « Je partage votre point de vue. Le seul accès que j’y ai trouvé c’est le rêve et le rêveur. Je suis un peu triste qu’un vent de mépris pour les choses délicates de l’âme et de l’Être ait été si présent chez mes confrères » 15

Thierry : « Merci à toutes et tous d’avoir répondu à cette intention. C’est fantastique que les échanges commencent immédiatement ! C’est un bonheur de voir s’écouler librement les considérations de chacun. »

-       Plotin : « D’autant plus que nous devons nous familiariser avec ce qui ne se pense pas, mais qui s’éprouve intimement. »

-       Lao Tseu : « Tout à fait mon cher Plotin. »

Thierry : « Nous voilà au début. La façon d’échanger « hors temps, hors espace et hors limitations cognitives » est une nouveauté. Risquons-nous de nous perdre « hors espace », ou bien au contraire, désormais on ne peut plus se perdre ? Il n’y a plus de directions. Il y a juste des intentions, des éprouvés ou de l’expérientiel. En ce cas l’intellect peine à nous fournir des représentations ou des mots. »

-       Edwin (A. Abbott) s’ajoute à l’assemblée : « C’est un peu comme représenter un volume tridimensionnel sur une feuille en deux dimensions… il faut ruser avec la perspective. Mais on s’éloigne tout de même de l’original. On fait juste une représentation en deux dimensions, que nous interprétons mentalement en trois dimensions. En fait c’est plat, et nous imaginons un volume. Mais là au moins nous savons imaginer ! 16

Dans l’expérientiel, nous percevons directement l’éprouvé sans passer par l’imaginaire, même avec quatre dimensions. De toute façon, là, l’imaginaire ne sait plus le représenter… par exemple, comment imaginer voir toutes les faces d’un cube en même temps sans ne rien déplacer, et sans se déplacer ?… eh bien c’est pourtant ce qui se passe géométriquement, vu d’une quatrième dimension ! En fait, notre imaginaire est limité à trois dimensions. »

Edwin A. Abbott, mathématicien, auteur de « Flatland » a rédigé cette œuvre pour sensibiliser les mathématiciens aux dimensions supérieures. Il semble jubiler de se glisser dans nos échanges.

-       Hélène (Courtois) voilà enfin une contemporaine : « Finalement, bien que contemporaine, je me joins à vous. Astrophysicienne, j’ai étudié les flux de galaxies dans ce vaste espace que l’on nomme ’’Laniakea’’ ». Il mesure 160 Méga parsec et on a pu être surpris de voir qu’il s’y trouve des ’’rivières de galaxies’’. Elles ne vont pas n’importe où. Elles rejoignent des attracteurs, un peu comme les rivières terrestres vont naturellement vers l’océan ou vers la mer. Et si nous avions juste à nous laisser porter vers un attracteur ? » 17

Thierry : « Merci Hélène de nous rejoindre. Je suis touché que nos échanges aient motivé ta venue parmi nous. D’une part nous bénéficions d’une femme de plus, d’autre part ton expertise en astrophysique nous fait voir un phénomène dont nous n’avions aucunement l’intuition. Cette notion de rivière de galaxies et d’attracteurs est très touchante. Elle nous invite à éviter le contrecourant ! Quelle est notre rivière actuellement, et quel est notre attracteur ? L’absence d’ordre du jour nous laisse libre à ce sujet ! »

-       Carl (Jung) : « Notre attracteur individuel semble être le Soi. »

-       Abraham (Maslow) : « Tu as raison ce que nous avons à être existe déjà. Nous n’avons qu’à le rejoindre. Nous en sommes quasiment contemporains sans le savoir. »

-       Gottfried (Wilhelm Leibniz) : « Bien-sûr, juste le déploiement, pas le développement ! »

-       Plotin : « Attention cependant à ce que ce ne soit pas juste local. Cet attracteur pourrait être l’Un, vous savez ce ’’truc’’ qui n’existe pas car sa nature n’est pas d’exister, mais il est source de tout. Il est peut-être aussi finalité de tout ? »

-       Lao Tseu : « Comme pour le Tao. »

-       Thuan (Trinh Xuan) se joignant à nous : « Moi aussi je suis contemporain, mais je suis spontanément attiré par vos échanges. Comme astrophysicien je me sens prêt à envisager l’idée de téléonomie, c’est à dire que nous rejoindrions une finalité déjà ’’existante’’ au départ. Les données cosmologiques semblent tendre vers cela, que l’on pourrait nommer ’’anthropie’’, c’est-à-dire ’’émergence de l’homme qui se trouvait inscrite dans le départ’’. Pour être un peu moins anthropomorphique on aurait pu dire ’’biotropie’’, ou même ’’noostropie’’… mais le jeu de mot avec ‘’’entropie’’ ne fonctionnerait plus ! » 18

Cette notion peut surprendre, mais si l’on en croit les travaux de Stephen Hawkins et Thomas Hertog, le regard que l’on porte aujourd’hui sur ce départ ne semble pas être sans effet sur celui-ci. »

-       Frans (Veldman) : « Envisager le tact psychique avec cette finalité aurait-il du sens ? »

-       Marshall (Rosenberg) : « Cette finalité aurait-elle un besoin fondamental à reconnaître ? »

-       Abraham (Maslow) : « Bien sûr : un besoin de reconnaissance, d’amour, d’émerveillement. Un besoin ontique ! »

-       Frans : « Oui, c’est ça : que l’on se sente touché en percevant cette finalité … et si on ne peut la percevoir, être touché juste en ayant notre attention sur elle. Comme pour un enfant qui vient au monde : il existe déjà, même si on ne le voit pas, et si on est en tact avec lui, et qu’on est heureux de qui il est, cela l’encouragera à naître et lui fournira un socle existentiel, une base solide. »

-        Alexandre (Grothendick) : (ému) « C’est magnifique ce que tu nous dis Frans » !

-       René (Descartes) : « Nous sommes vraiment en train de mettre notre attention de façon subtile, là où peu de monde regarde ainsi. En laissant vagabonder nos intuitions, de sacrées découvertes peuvent surgir grâce à notre simple bon sens : vous savez cette lumière naturelle de l’esprit que perdent bien des sachants ! Certes nous ne mélangerons pas les hypothèses et les certitudes, mais au moins de nouveaux horizons peuvent s’offrir à nous. Des horizons, là où il n’y a ni espace ni étendue… ça je n’y aurais pas pensé. »

Thierry : « Confiants, nous avons joyeusement délaissé l’idée d’ordre du jour. Il semble émerger naturellement une direction dans vos échanges : une finalité à rejoindre, une naissance à accompagner, un émerveillement à ne pas manquer d’avoir. »

-       John (Stuart Mill) : « C’est un peu comme si on touchait ici à un essentiel qui a toujours habité ma quête. Tant dans mon ouvrage sur la liberté que dans celui sur l’utilitarisme. Je pensais viser large… là c’est encore plus large que ce que j’imaginais… »

-       Theodor (Zeldin) apparaît un nouveau un contemporain : « Vos échanges ne peuvent que capter ma contemporaine attention, en tant qu’historien j’aime ce que proposent Pierre et Charles, et plus récemment Rutger. J’ai écrit sur ’’les plaisirs cachés de la vie’’ à travers l’histoire. Je me retrouve soudain parmi vous et je vous entends tous, comme si nous étions en train de révéler une symphonie dont les notes sont harmonieusement improvisées au fur et à mesure que nous les jouons... cela produit une délicieuse harmonie globale… comme si nous faisions chanter l’Univers qui ne demande qu’à s’exprimer. »

-       Marylène (Patou-Mathis) : aussi contemporaine, elle arrive réjouie de nos propos « Il était temps que nous réhabilitions cette qualité de notre humanité, présente dès le paléolithique. J’essaye d’amener la conscience de celle-ci dans notre XXIe siècle. Nous avons hélas perdu l’habitude de l’évoquer malgré vos magnifiques travaux, Charles, Pierre, Theodore, Rutger. Peut-être, en nous réunissant ainsi aujourd’hui, aurons-nous une magnifique occasion d’y remédier… mais c’est comme si nous avions encore un peu plus à accomplir. » 19

-       Abraham : « J’approuve ! Et je témoigne qu’hélas la psychologie aussi a eu tendance à faire une chasse aux ’’sorcières intérieures’’. Merci Thierry d’avoir mis l’accent sur cette grâce à ne pas manquer. »

Thierry : « Abraham, je suis touché par ta remarque. J’ai moi-même été touché par plusieurs d’entre vous qui œuvrent en ce sens. Carl (Rogers) avec sa confiance inconditionnelle, Carl (Jung) avec cet accomplissement en individuation, Frans avec ce ’’bon en l’autre’’ 20 à reconnaître avec émerveillement, Fritz qui restaure les communications, Eugene (Gendlin) avec la délicatesse de son focusing (même si Eugene n’est pas parmi nous), Marshall avec la délicatesse de son empathie où l’on est touché par l’autre…

Mais il est vrai Abraham que tu es un des rares à avoir tant insisté sur ce point ! Heureusement que des historiens ou journalistes s’en mêlent comme Marylène, Theodor, Rutger, ou même des scientifiques comme Alexandre, Thuan, jusqu’à Nathalie (Cabrol) astrobiologiste. »

- Nathalie (Cabrol): « Comme je suis contemporaine je n'étais pas encore parmi vous. Mais puisque tu m'évoque Thierry, effectivement, il semble que la vie sache s'exprimer dans toutes sortes d'environnements, et même qu'elle soit une nécessité pour l'Univers, puisqu'elle est plus efficace que la matière ordinaire pour disperser l'énergie. Elle n'est pas un hasard, mais une suite entropique logique. De plus, ce qui nous entoure et et ce que nous sommes sont en quelque sorte "inséparables". » 21

Thierry : « Merci Nathalie pour ta contribution. D’ailleurs, comme le dit l’astrophysicien David Elbaz, qui n’est pas parmi nous, un atome dans de la matière vivante dégagerait 200.000 fois plus de lumière qu’un atome dans le Soleil 22. Or, apparemment, l’Univers se doit de produire de la lumière. Il est touchant que tant de domaines différents contribuent à ce changement de regard sur la Vie et à une finesse accrue de notre compréhension. »

-       Joël (De Rosnay) Tiens ! Tous les contemporains n’étaient pas encore arrivés : « Puisque les contemporains participent aussi, et que je vois que vous osez un regard si différent, je suis heureux de vous rejoindre, si cela peut être utile. J’ai imaginé le ’’Macroscope’’ pour percevoir le complexe. »

Thierry : « Oui, merci Joël ! Quelle incroyable idée tu as eu là. Tout comme Edgar (Morin) et André (de Peretti) avec cette pensée dialogique capable de considérer ensemble des contraires qui s’étayent l’un l’autre, ou même le philosophe contemporain François Jullien qui s’intéresse à ’’L’inouï’’, c’est à dire à ce qu’on n’entend pas, qui est au-delà des mots ! Vous contribuez tous à attiser notre curiosité au-delà de l’apparence, et même toi René (Descartes) avec ta ’’Lumière naturelle de l’esprit’’. Un grand merci à vous ! »

-       François (Jullien) : « C’est curieux, en tant que contemporain, de me retrouver soudain parmi vous. Mais j’aime beaucoup cette capacité que vous avez à oser un autre regard, à rester libre des apparences faciles. J’ai très été inspiré par la pensée chinoise, donc merci d’avoir aussi convié Lao Tseu. Cette pensée qui ose cheminer vers une finalité en se laissant épouser par le chemin qui y conduit naturellement, sans force ni oppositions, sans ’’vouloir égotique’’, c’est tellement ça ! »

5.3 Vers ce qui attend qu’on le rencontre

Thierry : « Nous voilà déjà 35 ! J’ai lu  vos ouvrages. Mais se trouver ensemble en un colloque amical… tourner ensemble notre pensée et notre intention vers le Monde, vers l’Humanité, et surtout vers la Vie, quel privilège ! En plus sans savoir où nous allons, avec l’intuition d’une finalité à rejoindre en émerveillement… mais aussi en acceptant de ne même pas savoir si nous y parviendrons. N’être que d’humbles contributeurs à une incroyable aventure, dont je n’aurais même pas osé rêver. Pourtant je me suis senti proche de vous en lisant vos ouvrages. »

-       Pierre (Teilhard de Chardin) : « Tu as raison en évoquant le Monde, l’Humanité et la Vie… Mais si on envisageait ’’La Conscience en émergence’’ ? »

Thierry : « Merci Pierre. Comment n’y avais-je pas pensé ! Le monde, l’Humanité, la Vie sont de possibles interlocuteurs, mais la ’’Conscience en émergence’’ semble appeler notre attention. Comme tu le dis si bien, François (Jullien) : ’’l’inouï’’ ! Nos oreilles sont ’’aveugles’’ à l’inouï ! Est-ce par cécité d’inattention, car trop éloigné de nos préoccupations habituelles ? Est-ce à cause de croyances qui nous aveuglent ? La Conscience comme interlocuteur, comme finalité qui attend notre considération émerveillée, voilà une proposition pertinente. »

-       Tuan (Trinh Xuan) : « L’anthropie ! Ce mot est un peu trop anthropomorphique, mais il s’amuse en jeu de mot par rapport à ’’entropie’’. La première va vers l’ordre, la seconde va vers le désordre. Elles semblent antagoniques… »

-       Edgar (Morin) et André (de Peretti) : en chœur « Donc dialogiques ! »

-       Joël (de Rosnay): « Que nous dirait le macroscope ? »

Thierry : « C’est vrai Joël que nous aurions besoin d’un outil qui joue en même temps en zoom et en grand angle, non pas successivement mais simultanément. La vastitude sans perte du détail ! Le détail n’est-il pas trompeur sans la vue d’ensemble et inversement ? Tu sais René, c’est sans doute le seul point dans ton ’’discours sur la méthode’’ qui aurait mérité d’aller plus loin. De « petits bouts » appréhendables par la lumière de la raison c’est astucieux et tellement juste… mais le problème est la perte de la vue d’ensemble, la perte d’une vue qui, plus qu’holotropique, serait hologrammatique, c’est-à-dire où chaque élément contient l’ensemble. Mais ces notions ne faisaient partie de ton époque. »

-       René (Descartes) : « Tu as bien raison, si j’avais eu ça dans mon bagage j’aurais eu mille choses à ajouter … ça aurait été un vrai bonheur ! »

Thierry : « Je n’en doute absolument pas René, et j’aurais aimé voir ça ! Cette Conscience en émergence, qu’attend-t-elle de nous ? Si toutefois elle attend quelque chose ! Seriez-vous d’accord pour que nous lui offrions ensemble notre attention, quand bien même nous ne savons pas ce que c’est, ni où c’est, ni même si ça existe ! »

-       Plotin : « Eh oui, si sa nature n’est pas d’exister… et qu’elle est pourtant source de tout, nous ne pouvons la localiser dans le temps ou dans l’espace, alors que c’est ce qui nous porte tous. » 23

-       Thomas (Hertog) : « L’astrophysicien contemporain que je suis ne peut qu’envisager un regard subtil qui nous dépasse cognitivement : un regard quantique où la finalité et le début seraient en intrication. En physique nous évoquons cette intrication quantique de façon spatiale, mais si elle jouait aussi de façon temporelle ? Aucune certitude à ce sujet, mais c’est une éventualité à ne pas manquer, surtout si on globalise ’’l’espace-temps’’. » 24

Thierry : « Bon, ok. Nous serions attendus. Le début et la fin pourraient être en intrication… d’une certaine façon en résonance.

Dirigeons donc notre attention vers la Conscience, ’’là où nous ne pouvons percevoir’’ car ’’ça n’existe pas’’, sa nature n’étant pas d’exister… en étant cependant source de tout !

Nous savons que la capacité d’émerveillement est essentielle, car ce qui est vu ’’moche’’ n’osera pas se révéler à notre entendement, n’est-ce pas Frans !

Or cet émerveillement ne se décrète pas, ne se fabrique pas. Il découle naturellement de ce que nous choisissons de regarder. Sommes-nous suffisamment sensibles à la grâce ? Ou bien sommes-nous culturellement formatés vers les erreurs et les dysfonctionnements, ou même vers les horreurs ? »  

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6     L’attention et la Conscience

6.1 Attention commune vers le Conscience

Thierry : « C’est effectivement plutôt impalpable ! Quand notre attention se tourne vers la Conscience, ce que nous éprouvons expérientiellement est alors certainement essentiel. Les représentations mentales sont ici inopérantes. »

-       Plotin : « Là, j’ai le sentiment que vous vous approchez de ce que vous cherchez. Mais finalement est-ce quelque chose que vous cherchez, ou quelque-chose qui vous cherche et tente enfin d’être rencontré ? »

-       Carl (Jung) : « Je suis pourtant habitué à me promener dans des subtilités étranges, dans des zones de transcendances… mais là vous m’avez un peu perdu. Cette Conscience aurait-elle un rapport avec le Soi ? »

-       Plotin : « Oui, mais plus loin que le Soi individuel. Une sorte de Soi étendu que Pierre (Teilhard de Chardin) évoque comme ’’éléments’’ qui est le centre d’une chose qui occupe la totalité’’… et chaque élément occupe ainsi l’entièreté, sans pour autant qu’aucun n’empiète sur aucun autre 25. Là, la géométrie est un peu dépassée ! Tu n’en es pas si loin ! »

-       René (Descartes) : « Continuez ainsi ! Laissez votre imagination, vos intuitions s’exprimer librement. Offrez de la liberté à votre bon sens naturel, ne l’enfermez dans un parc de croyances… et surtout pas des croyances scientifiques. Ce sont les plus dangereuses ! Les autres on s’en méfie toujours un peu, mais celles-là quand elles sont ancrées, elles bloquent la recherche. C’est ce que j’aime beaucoup chez vous deux, Jean (Charon) et Alexandre (Grothendieck), vous ne vous êtes pas laissés parquer dans de rigides concepts. »

-       Frans (Veldman) : « Ne pourrait-on pas offrir du tact à cette Conscience. Mais du tact subtil... Non pas chercher à la toucher, mais plutôt se laisser toucher par elle ! »

Thierry : « C’est vraiment l’amour ’’Charis’’ où l’on se sent touché par la grâce de l’autre. »

-       Erasme : « Les frontières de territoires font enfler l’ego… les parcs de la pensée aussi 26. Dans les deux cas c’est source de conflits. Cette liberté que nous osons ici est très savoureuse. La Folie se réjouirait de se retrouver au service d’une avancée de la Conscience… je n’ai pas assez mis l’accent là-dessus quand j’ai écrit ’’Eloge de la folie’’... mais c’était implicite. »

Thierry : « Le psychiatre contemporain Henri Grivois nous dit bien que les ’’fous’’ nous enseignent. »*

*« L’homme qui devient fou révèle, par sa folie même, une part essentielle de la vérité sur l’homme » (Grivois, 2007, p.119).

-       Virginia (Johnson) : « Ce qui est génial, c’est qu’on ne cherche pas à gérer un dysfonctionnement mais à permettre une rencontre plus authentique. »

Thierry : « Finalement, nous sommes avec un Tout et avec une multitude. Et chaque élément, ponctuel en son centre, occupe cependant la Totalité… sans qu’ils n’empiètent les uns sur les autres. Super ! Mais cette ’’Conscience comme interlocuteur’’ nous en parlons beaucoup… cependant nous n’avons pas beaucoup notre attention vers elle.

Un peu comme quand, en staff à l’hôpital, on parle au sujet des patients sans se préoccuper suffisamment de ’’comment on leur parle à eux’’.

Si elle nous attend en nous regardant bavarder à son sujet… peut-être s’impatiente-t-elle ?... à supposer que ce soit le bon interlocuteur ! ». Parler à propos de cette Conscience est une chose, avoir l’attention sur elle en est une autre.

Heureusement, il est toujours possible d’avoir notre attention, même sur ce que nous ne voyons pas ! ».

-       Abraham (Maslow) : « Un peu comme pour celui que nous avons à être, que nous sommes déjà, qui nous est contemporain et qu’il s’agit de rejoindre !? »

Thierry : « Oui, avoir notre attention sur elle, c’est un peu comme avoir notre attention sur celui que nous avons à être ! »

-       Martin (Heidegger) : « Tout à fait d’accord, c’est l’Être que j’évoque dans ’’Être et temps’’ ! Mais encore plus vaste. »

-       Carl (Jung) : « Oui pareil pour le Soi ! »

-       Plotin : « En effet, c’est l’Un »

-       Lao Tseu : « C’est le Tao ! »

-       Pierre (Teilhard de Chardin) : « ’’Cela’’ se situe dans la Noosphère*, que nous devrions apprendre à distinguer plus explicitement de la biosphère** ! »

*Zone psychique
**Zone biologique

-       Pierre (Kropotkine) : « Ce serait donc ’’Cela’’ qui serait source de cette humanité sous-jacente que l’on retrouve partout, à toutes les époques, mais dont personne ne parle ? »

-       Charles (Darwin) : « Est-il raisonnable d’envisager une source autre que le hasard ? Pourtant il est bien vrai qu’arrivée à l’Homme, l’évolution semble produire une telle chose… de là à penser que ça existait avant, et en dehors… !? »

-       René (Descartes) : « Tu sais Charles, il se peut que nos suppositions ici soient erronées. Mais oser des intuitions, quand bien même elles seraient fausses, nous permet de nourrir notre créativité, notre sensibilité, notre capacité à découvrir ce qui se trouve en dehors de la pensée commune. Cependant, tu as raison il conviendra ne pas prendre pour démonstration ce qui n’est que zone de recherche ».

-       Nathalie (Cabrol) : « Il est vrai que c’est impressionnant que la matière produise de la biologie, que la biologie produise de l’intellect, puis que l’intellect produise de la Conscience. Mais savons-nous laquelle des deux extrémités produit l’autre ? »

-       Thomas (Hertog) : « Et même le fait que si cette Conscience se tourne vers ses origines, cela ne soit pas sans effets sur celles-ci ! »

-       René (Descartes) : « Concernant tout cela, soyons prudents sur les certitudes. »

Thierry : « Effectivement, le doute est de rigueur, l’ouverture d’esprit aussi ! Nous pouvons nommer tout cela de diverses façons. La Conscience ? Eh bien, ayons notre attention dessus et soyons sensibles à ce qui en émane. C’est un peu comme si ’’Cela’’ avait beaucoup à nous offrir, mais hélas, on ne vient pas chercher les présents ! Ce n’est sans doute pas tant quelque chose à faire, mais juste une posture, de l’attention, une ouverture… oser recevoir ! Poursuivons notre intuition sans prétendre à aucune vérité. Merci Charles et René d’être garants de cette prudence et de préserver le charme du doute. »

-       Frans (Veldman) : « Oui, oser un peu d’émerveillement pour que ’’Cela’’ puisse venir au monde avec l’assurance d’y être bienvenu ! »

-       Fritz (Perls) : « Oser quelque chose de différent de toutes nos références antérieures. ’’Oser le Vivant au-delà du biologique, et même au-delà de l’intellect’’ ! »

-       François (Jullien) : « Oser s’ouvrir à l’inouï ! »

-       Jean (Charon) : « Être sensible au fait qu’il s’agit d’un parcours de quinze milliards d’années dans lequel ces éons se côtoient en attente d’accomplissement. »

-       Tuan (Trinh Xuan): « En Anthropie ! »

-       David (Elbaz) : « En lumineuse expression ! »

-       Nathalie (Cabrol) : « Avec un soin tout particulier à disperser l’énergie. S’exprimant même dans les endroits de l’Univers les plus invraisemblables, tant sa capacité d’adaptation est phénoménale. »

-       Alexandre (Grothendieck) : « Oui, osons le rêve pour guider notre recherche, fut-elle scientifique ! »

Thierry : « Nous semblons prêts alors ! »

6.2 La Conscience s’amuse avec l’intellect

-       Alexandre (Grothendieck)  : « En tant que chercheur en mathématiques, je puis vous assurer que l’intellect et la Conscience ne sont pas ennemis, mais seulement de natures différentes. Même en mathématique nous avons besoin de nous laisser inspirer au-delà de la logique. »

Thierry : « D’ailleurs ton confrère Raymond (Poincaré) a souvent évoqué qu’une formule juste est simple et belle… que la simplicité et la beauté guident le chercheur ».

-       Joël (de Rosnay) : « Avec le macroscope, repérer des analogies entre des choses totalement différentes. Par exemple l’intellect relie les données, la Conscience relie les Êtres. »

-       Jean (Charon) : « C’est comme si les ’’Eons’’* étaient des portes d’entrée dans un monde néguentropique, où l’information se structure au lieu de se désorganiser et de se disperser. »

*« Je vis depuis quinze milliards d’année », 1983 p.77 à 103

Thierry : Bien-sûr la Conscience et l’intellect doivent collaborer. Si ce n’était pas le cas nous ne pourrions pas échanger nos ressentis. Joël, belle analogie entre l’intellect et la Conscience : l’un relie les données, l’autre relie les Êtres, ou du moins fait qu’ils ne se perdent pas, loin les uns des autres, même quand ils ne savent pas se rencontrer. »

-       Hannah (Arendt) : « Vous vous rappelez qu’il convient ne de rien abîmer de notre passé si nous voulons que la révolution vers notre futur soit une vraie réussite. Donc respect pour cet intellect, quand bien même nous irions bien au-delà de lui ! »

-       Edwin (A.Abbott) : « il se peut que notre difficulté vienne du fait qu’il s’agisse d’une dimension supplémentaire ! »

-       Elisabeth (Kübler-Ross) : « Souvent les gens qui sont passés près de la mort nous rapportent une expérience qui ressemble à cela. Ils ne se sentent pas être dans l’espace, Il se sentent être l’espace ; il n’y a plus de temps, tout est simultané, avec une Conscience du Tout. »

-       Plotin : « J’ai vécu des sorties de mon corps, sans pour autant frôler la mort, mais j’ai expérimenté de telles choses si difficiles à décrire. En métaphore, une lumière entoure un nuage 27. Elle le traverse sans en faire partie et ainsi le rend lumineux… en fait c’est l’âme (lumière) qui est autour du corps (nuage) et non l’inverse ! C’est elle qui lui donne son éclat. L’âme entoure le corps comme la mer entoure le filet qu’on y a plongé. »

Thierry : « Intéressant Plotin, ce ne serait pas l’âme dans un corps, mais un corps plongé dans une âme, traversé par elle, celle-ci prenant soin de lui ! »

**

Thierry : « Riches de vos remarques… Ce serait bon d’y aller ! Où ?... ce n’est pas quelque part ! Qui ?... ce n’est pas quelqu’un !

Comment pourrions-nous avoir notre attention tournée vers la Conscience ? Cela a-t-il seulement un sens ? Nous ne sommes que des ’’miettes de Conscience’’, et pourtant il y a en chacun de nous une immensité infinie ! 

Joël (de Rosnay) tu parlais d’analogies avec ton fameux macroscope : L’infini de l’espace intergalactique extérieur semble avoir une symétrie avec l’infini intérieur en chacun de nous. Et si c’était une maladresse de chercher vers l’extérieur quelque chose qui est en nous ? Ou même, si ce n’était ni intérieur, ni extérieur, mais les deux à la fois. Ou encore si cela n’avait rien à voir avec une situation spatiale ? Pas facile de sortir de nos cadres conceptuels pour oser une nouveauté ! »

-       André (de Peretti) : « L’intérieur et l’extérieur peuvent être envisagés de façon dialogique. L’erreur pourrait être de les séparer, et s’ils s’étayent l’un l’autre, il s’agit de les considérer ensemble. »

Thierry : « Décidément, nous avançons cognitivement, mais pas beaucoup en ce qui concerne l’attention vers la Conscience.

Peut-être un peu avec cette idée d’intérieur/extérieur à considérer ensemble, de façon dialogique… avec une sorte de point entre les deux qui serait en fait notre point d’appui… Ça c’est une idée qui pourrait nous être utile. »

-       Lao Tseu : « Mettons surtout notre attention sur ce carré sans contour, sur cette musique sans notes… Offrons notre attention à ces vides, vides de leurres, mais pleins d’un essentiel qui nous constitue et sans lequel nous ne saurions être. ».

Thierry : « Oui Tseu (Tseu, ou Tan est son prénom). Nous perdons le contact avec ce plein d’humanité, caché par trop d’images contraires à notre nature. Il me revient à nouveau la citation que Rutger fait de Anton Tchekhov : ’’L’être humain deviendra meilleur lorsque vous lui aurez montré qui il est’’. Quelle image recevons-nous de notre humanité ? Les romans, les films, les documentaires, les informations, des expériences pseudo-scientifiques, même l’école… tout cela propose beaucoup d’ombres ! Bien-sûr il faut parler de tout… mais alors VRAIMENT DE TOUT, et ne pas occulter cette humanité qui nous constitue. La voir enfin nous permettrait d’oser être ce que nous sommes profondément.

Trop, beaucoup trop d’informations, d’images proposées, nourrissent la croyance dans le fait que nous sommes fondamentalement mauvais, et heureusement améliorés par la société, ainsi que nous le proposait Thomas Hobbs avec son Léviathan.

Si la société apporte beaucoup, et il serait malsain de la diaboliser, il semble qu’elle ait aussi souvent tendance à nous éloigner de nos qualités, à éteindre notre Humanité dans ce qu’elle a de plus généreux… juste par le fait de quelques-uns qui nous les occultent toutes, ces qualités.

Avec ton ouvrage ’’Humanité, une histoire optimiste’’, merci Rugter de faire partie de ceux qui contribuent à nous redonner le goût d’être pleinement humain, et d’en être fier. »

-       Rutger (Bregman), contemporain qui n’avait pas pris la parole et était arrivé discrètement : « J’ai effectivement à cœur qu’on ne manque pas la grâce de l’Être Humain. Il m’a fallu six années de recherches pour pleinement étayer cet ouvrage et contribuer modestement à cette tâche : que l’on puisse enfin montrer à l’Humain enfin qui il est ! … ce qui est suffisant pour qu’il devienne meilleur, ainsi qu’Anton nous l’avait suggéré. »

-       Karl (Jaspers) : « Alors qu’on met trop l’attention sur les dysfonctionnements, on oublie que même dans la maladie mentale l’Être est toujours là ! Cela devrait être un principe majeur en thérapie. »

Thierry : « Finalement tu as pu être parmi nous Karl ! Voilà une phrase magnifique, qu’effectivement j’ai lu dans ton ouvrage sur la psychopathologie. Soyons à l’écoute du phénomène de la Conscience, puis attentionné envers la Conscience elle-même. Merci à toi de nous le rappeler. Un bon moyen de ne pas se laisser aspirer par de sordides croyances en de systématiques dysfonctionnements. Ainsi on ne manquera pas de voir ces Êtres… C’est sans doute le meilleur moyen pour qu’ils se retrouvent eux-mêmes… Rutger, tu nous as tant éclairés à ce sujet ! »

-       Epictète : « Le rencontrer par le côté qui présente un frère… pas celui qui présente l’offense. »

Thierry : « Prenons garde cependant à ne pas baigner tout ça dans de l’eau de rose. Veillons à rester réalistes. Mais justement, être réaliste c’est tenir compte de cette abondance d’humanité, dont la présence est minutieusement documentée par Rutger (Bregman), Charles (Darwin), et Pierre (Kropotkine).»

-       Carl (Jung) : « Je n’avais jamais autant perçu que cette humanité en chacun de nous était à ce point archétypale ! Au fond je le savais. Mais là, c’est encore plus clair. Finalement, l’ombre n’est peut-être pas un point si important que ça... ou n’est tout simplement pas une ombre. »

-       Abraham (Maslow) : « J’ai l’impression que nous nous rapprochons de plus en plus de cette Conscience, de cette dimension ontique que nous cherchons tous… ou peut-être que c’est elle qui nous cherche et qui attend qu’on la rejoigne. »

-       Erasme : « Puisque les frontières entre les pays sont sources de problèmes, si l’on prolonge cette observation, ainsi que le macroscope de Joël nous le propose, n’en est-il pas de même entre l’Intellect et la Conscience ? Certes ils sont différents, doit-on continuer d’en faire deux territoires, n’y aurait-il pas une sorte de continuité entre les deux ? »

Thierry : « Tu as tellement raison Erasme ! Cette fâcheuse habitude que nous avons de tout sectoriser, afin de mieux l’appréhender, limite probablement notre perception.

René tu avais bien pointé cette possibilité de séparer chaque chose en éléments simples, abordables juste par notre entendement. Même si cela a été source de grandes et belles avancées scientifiques, cela ne fonctionne que jusqu’à un certain point… car nous y perdons la systémie des phénomènes.

C’est sans doute le seul point à ajuster dans ce que tu nous proposes, car dans tout le reste, ce que tu nous offres est tellement ouvert, sensible, porteur de créativité, d’innovation, de subtilité, d’humilité. On te connait hélas mal sous cet angle, mais j’ai tellement apprécié cela dans tes ouvrages. Là, il serait pourtant utile de procéder en sens inverse. Au lieu de diviser pour mieux appréhender, réunissons pour accéder à une nouvelle compréhension… à une nouvelle rencontre avec ce qui fait notre Humanité. Repérons des liens, des analogies, un peu comme le fait le macroscope de Joël ! »

-       John (Stuart Mill) ; « Puisque notre délicatesse est censée se sentir concernée par autrui et aller jusqu’à ’’tout ce qui vit’’ 28, quand nous mettons l’attention sur la vastitude de la Conscience, cela ne revient-il pas à mettre notre attention au cœur de soi-même, une sorte de continuité entre chacun de nous et cette Totalité ? »

-       Joël (de Rosnay) : « Belle idée John, cette analogie ! »

Thierry : « Oh oui ! Toujours riche de cette idée qu’il n’y a rien à changer, mais juste à accompagner une émergence. »

-       Frans (Veldman) : « Oui telle la naissance d’un enfant. Si on est heureux de qui il est, notre réjouissance l’invite encore mieux au monde ! Cela facilite beaucoup sa venue. »

Thierry : « Donc, avec cette Conscience, qui nous baigne, qui nous habite et que nous sommes, les premiers points seraient : ne rien vouloir changer, être avant tout dans la reconnaissance facilitatrice d’une émergence naturelle… en éprouvant par avance une réjouissance à l’idée que ce soit au monde… mais sans oublier de la considérer dans son entièreté, ombres comprises… ! »

-       Abraham (Maslow) : « En fait, lui permettre d’être pleinement ce qu’elle est déjà ! »

Thierry : « Sommes-nous suffisamment habités par cette délicatesse, cette réjouissance, cette confiance inconditionnelle, cet émerveillement à l’idée de son émergence, afin de l’encourager à se glisser un peu plus au monde, tel un nouveau-né riche de tous les espoirs ? »

-       Frans : « Je ne peux que partager pleinement cela ! »

-       Abraham : « Enfin ! »

-       John : « Comme l’accomplissement d’une profondeur attendue depuis si longtemps ! »

-       Epictète et Sénèque : en chœur « Effectivement… au moins depuis l’antiquité !

-       Erasme : « Même depuis le Moyen-Âge, ça a été long ! »

**

Puis soudain, un nouvel invité apparaît. Il était déjà parmi nous, mais discret, assistant à l’ouverture de plus en plus inconditionnelle de notre conscience. Notre attention s’étant étendue, il ose prendre la parole, avec une assurance qui surprend tout le monde.

-       Homo-sapiens : « Qu’est-ce que je dirais moi ! Toutes ces peintures rupestres, ces sculptures. Dans le paléolithique je n’avais pas tous vos moyens pour partager ma Conscience ou mes pensées, ni mes élans du cœur ou de l’âme. Heureusement que des personnes comme Pierre (Kropotkine) historien, Marylène (Patou-Mathis) préhistorienne, Pierre (Teilhard de Chardin) paléontologue et même Charles (évolutionniste), l’ont mis en exergue. Ils ont réhabilité ma dimension, mon humanité, ma générosité, ma créativité, ma transcendance. Mais qui le remarque ? Ils sont trop peu nombreux.

Rutger (Bregman), Theodor (Zeldin), John (Stuart Mill), Abraham (Maslow), Carl (Jung) et quelques autres ont vu cela dans ce qui a été après moi… mais à la source, nous étions déjà ainsi !

Considérer notre préhistorique époque comme brutale et dépourvue de sensibilité, c’est faire offense à cette source dont vous venez ! Comme le disent Thierry et Hannah (Arendt), honorer vos racines est essentiel… et nous, dans cette époque archaïque, sommes vos racines ! D’ailleurs, ils ne sont pas les seuls ! Confucius le disait aussi, mais selon lui les racines ne remontaient pas jusqu’à nous !

Merci par avance de nous inclure dans ce cheminement de la Conscience ! N’oublions pas que l’on a dénombré quatorze espèces d’humains, dont bien-sûr Neandertal. Toutes ont contribué à ce que vous soyez ce que vous êtes.

Si c’est nous qui avons survécu, ce n’est pas en ayant éliminé les autres. Ce sont simplement des phénomènes d’adaptation à l’environnement qui, par touches successives, ont fait que nous soyons là, et pas eux. Mais il y avait déjà en nous, et en eux, toute cette humanité, cette considération, ce soin apporté à autrui, cette capacité à vivre en communauté et même à nous soutenir entre communautés. C’était indispensable face à l’environnent. »

Tout le monde est interloqué par ce 41ème participant ! Personne ne s’attendait à sa présence (sauf peut-être Marylène Patou-Mathis, Pierre Kropotkine et Pierre Teilhard de Chardin). On s’attendait encore moins à sa longue tirade. C’est vraiment commode de ne pas avoir de barrières de langage, de temps et d’espace. Toute cette dimension intime qu’il nous partage… tire quelques larmes à plusieurs d’entre nous.

Nous ressentons comme un élan du cœur à lui donner cette place qu’on lui a si longtemps refusée par négligence, par croyances… ou par orgueil ethnocentrique. Trop de monde l’a pensé arriéré par rapport à nous. Ici, maintenant, grâce à cette absence d’espace et de temps, nous avons cet élan de l’accueillir dans notre communauté de chercheur… nous sommes tous ensemble en quête de Vie, de transcendance, de cœur… de Conscience. La famille est-elle désormais au complet ? En tout cas elle s’est magistralement agrandie !  

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7     Nous ne sommes pas seuls

7.1 Finalement, ce fut une magnifique réunion

La famille semble se trouver avec une complétude suffisante : toute cette Humanité, mais aussi cette proximité avec la nature et tout le vivant… nous ressentons comme si cette Conscience nous enveloppait, tel le nuage de notre ami Plotin, telle la mer entoure le filet d’un pêcheur.

Quoi qu’il en soit, cette idée d’une réunion hors espace, hors temps, et hors cognitif, c’était une idée bien sympathique. Était-elle tellement hors cognitif ? Pas tant que ça, car les habitudes sont tenaces… et puis il faut bien des mots pour rendre compte de tout cela ! Certes l’intellect n’était pas notre priorité, mais il a bien été là… peut-être même un peu trop. Cependant, nous avons pris l’option de ne surtout pas le diaboliser et de lui accorder sa place, car il est plus un allié qu’un encombrant de la Conscience.

7.2 Au moins nous ne sommes pas seuls

Ce que nous découvrons délicieusement, c’est que nous ne sommes pas seuls et qu’une multitude de nos semblables à travers le temps et l’espace ont eu des quêtes analogues. Chacun a accompli son cheminement du point de vue où il se trouvait et nous a fait bénéficier d’une facette de cette Humanité, de cette Vie, de cette Conscience, vers lesquelles nous portons notre attention… Tous comme « aspirés » vers cette finalité qui attend d’être rejointe. Il y a bien plus de tels contributeurs qu’on ne le pense !

Quand nous lisons tous ces échanges, pouvons-nous être certains que ces mots auraient vraiment été les leurs ? Dans l’absolu pas du tout, car c’est une fiction. Bien que ces propos soient dans l’axe de la pensée et de la recherche de chacun, il se peut qu’ils se seraient exprimés différemment, ou même qu’ils aient eu d’autres idées, d’autres accords ou désaccords. Si les participants contemporains ont des remarques au sujet des propos qui leur ont été prêtés, celles-ci seront bienvenues (merci par avance de me les partager quelles qu’elles soient*).

*tournebise.thierry@wanadoo.fr

Pour les autres, qui ne sont plus de ce monde, malheureusement c’est plus difficile pour eux de nous faire part de leurs impressions ! Cependant, je leur ai prêté ces propos dans le plus grand respect de leur pensée, de la trace qu’ils nous en ont laissée (voir notes de fin de texte).

Cher lecteur, je te suis reconnaissant d’être resté en notre compagnie durant tous ces échanges. Ceux-ci avaient juste la prétention de nourrir notre intime Humanité, de nous étayer les uns les autres. D’une certaine façon tu viens d’y participer ! S’il n’y a pas de réponse absolue, qu’importe, nous avons été ensemble et nous nous sentons avancer en équipe au cœur de la Vie qui attend juste un peu de reconnaissance de notre part.

Bien d’autres auraient pu nous rejoindre : Héraclite pour sa pensée dialogique ; Henri Bergson pour sa magnifique considération sur l’entièreté du temps ; Rollo May pour sa prudence quant aux protocoles qui rassurent les praticiens mais les éloignent des patients ; Jerome Bruner pour avoir dénoncé la méthodolâtrie de certains thérapeutes ; Stanislav Grof pour son délicat regard sur les symptômes qu’il convient de ne pas combattre car ils sont de pertinents efforts du patient pour se restaurer ; Antoine de la Garanderie pour son œuvre sur la gestion mentale, la perception et la mémoire ; le psychiatre contemporain Henri Grivois pour son approche exceptionnelle de la psychose, proche de l’expérientiel dont nous avons parlé ici… Autant d’autres points de vue qui peuvent enrichir notre perception du Monde.

Nous étions quarante-et-un (40+ homo-sapiens) dont 10 contemporains… c’était déjà pas mal car tout le monde a pu s’exprimer ! Merci de vous être joint.e.s à nous.

Thierry TOURNEBISE  

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Voici les 40 Participants… plus 1 invité surprise (les contemporains sont en bleu)  

Onze philosophes

 

Treize psys

Cinq historiens

 

Onze scientifiques

 

 

Epictète,

Erasme,

Edgar Morin,

François Jullien,

Gottfried Wilhelm Leibniz
Hannah Arendt,

John Stuart Mill,

Lao Tseu,  

Plotin

René Descartes,

Sénèque

 

Abraham Maslow,

Carl Gustav Jung,

Carl Rogers,

Donald Woods Winnicott

Kübler Ross,

Fritz Perls,

Frans Veldman,

Karl Jaspers,

Marshall Rosenberg,

Maria Montessori,

Martin Heidegger,

Sándor Ferenczi,

Virginia Johnson

 

 

Marylène Patou-Mathis,

Pierre Kropotkine,

Pierre Teilhard de Chardin

Rutger Bregman,

Theodor Zeldin.

 

 

Alexandre Grothendieck,

André de Peretti,

Charles Darwin,

David Elbaz,

Edwin A. Abbott,

Hélène Courtois,

Jean Charon,

Joël de Rosnay,

Nathalie Cabrol,

Thomas Hertog,

Trinh Xuan Thuan

 

  

Bibliographie

Abbott, Edwin
-Flatand  -Edition du groupe « Ebook libres et gratuits » -1884
disponible en PDF à 
http://www.ebooksgratuits.com
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/abbot_flatland.pdf  

Arendt, Hannah
- La crise de la culture - Editions Gallimard, folio essais, 1972

Bregman, Rugter
- Humanité, Une histoire optimiste - Editions du Seuil, 2020

Cabrol, Nathalie
- A l’aube de nouveaux horizons – Editions du Seuil, 2023

Charon, Jean
- L’être et le verbe – Édition du Rocher 1983
- J’ai vécu quinze milliards d’année
 – Editions Albain Michel 1983

Courtois, Hélène,
-
Voyage sur le flot des galaxies – Editions Dunod, 2017

Darwin, Charles
- La filiation de l’homme – Editions Honoré Champion Editeur 2013

De Peretti André
-Présence de Carl Rogers -Editions Erès, 1997

De Rosnay, Joël
-Le macroscope, vers une vision globale - Editions Le seuil Pocket 2014
-Le macroscope, vers une vision globale – 
Editions Le Seuil Point 1975

Descartes, René.
- Le discours de la méthode – Editions Flammarion, Paris 2000
- Descartes, Œuvres Lettres - Règles pour la direction de l’esprit – La recherche de la vérité par la lumière naturelle – Méditations – Discours de la méthode « Bibliothèque de la Pléiade » - Editions Gallimard – Lonrai, 1999

Elbaz, David
-La plus belle ruse de la lumière – Editions Odile jacob, 2021

Epictète
-Manuel - Editions Nathan 2006

Érasme
-Éloge de la folie – Editions GF Flammarion, 1964

Giger, Serge
-La gestalt, l’art du contact – Editions Marabout, 2005

Grivois, Henri
-Parler avec les fous - Editions Les empêcheurs de penser en rond 2007

Grothendieck, Alexandre
-Récoltes et semailles - t1 - Editions Gallimard, 2021
-La clé des songes - Editions du cendre 2024

Heidegger, Martin
-Être et temps – Editions Gallimard 1986

Hertog, Thomas
-L’origine du temps ; la dernière théorie de Stephen Hawking- Editions Odile Jacob, 2023

Johnson Virginia, Masters William
-Les mésententes sexuelles - Editions Robert Laffont 1971

Jullien, François
-La pensée chinoise – Editions Gallimard, Folio essais, 2015
-L’inouï – 
Grasset 2019

Jung, Carl Gustav
-Ma vie, souvenirs rêves et pensées- Editions Gallimard Folio, 1973
-Structure de l’âme – Editions L’Esprit du temps, 2019

Kropotkine, Pierre
- L’entraide, un facteur de l’évolution - Les éditions de l’invisible - D’après l’édition Alfred Costes, 1938

Kübler-Ross, Elisabeth
-Avant de se dire au revoir
 - Editions Pocket Presses du Châtelet, 1999
-Les derniers instants de la vie – Editions Labor et Fides 1975
-Mémoires de vie mémoires d’éternité – Editions Pocket Jean-Claude Latès 199

Lao Tseu
-Tao Te King - Editions Dervy, 2000

Leibniz, Gottfried Wilhelm
 -Principes de la nature et de la grâce – Editions Flammarion, 1996
-Monadologie – Editions Flammarion, 1996

Maslow, Abraham
- L’accomplissement de soi – Editions Eyrolles, 2004
- Etre humain - Editions Eyrolles, 2006
- Devenir le meilleur de soi-même – Editions Eyrolles, 2008

Mill, John Stuart
-De la liberté- Editions Gallimard, folio essais, 1990
-L’utilitarisme – Editions Flammarion, Champs classiques, 1988

Montessori, Maria
-L’éducation et la paix – Culture de paix, Editions Desclée de Bouvert, 1996

Morin, Edgar – Le Moigne, Jean-Louis
-Intelligence de la complexité – Editions L’Harmattan, 1999

Patou-Mathis, Marylène
-Préhistoire de la violence et de la guerre – Odile Jacob 2013
-Néandertal, une autre humanité – Editions Tempus, éditions Perrin, 2010

Perls, Fritz
-Manuel de Gestalt-thérapie – Editions ESF 2009

Plotin
-Les Ennéades*. Traduction française : M.-N. Bouillet - Editions Librairie de L. Hachette et Cie, 1859 (en trois livres) table des matières http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/plotin/table.htm
-Traités*. Traductions sous la direction de Luc Brisson et J.F Pradeau - Editions GF Flammarion 2002-2010

Rogers, Carl
-Le développement de la personne – Editions Interéditions, 2005
-La relation d’aide et la psychothérapie – Editions ESF, 1996
-Psychologie existentielle – 
Editions Epi, 1971
-L’approche centrée sur la personne. Anthologie de textes présentés par Howard Kirschenbaum et Valérie Land Henderson. Trad. de Henri-Georges Richon - Editions Randin S.A., Lausanne 2001
 

Rosenberg, Marshal
-Les mots sont des murs ou des fenêtres – Editions La découverte 2002

Sénèque
-La brièveté de la vie – Editions GF Flammarion 2005*

Taraud, Christelle
- Féminicides- une histoire mondiale – Editions La Découverte, 2022

Teilhard de Chardin, Pierre*
- Le phénomène Humain- Editions du Seuil, 1955

Tournebise, Thierry
-Chaleureuse rencontre avec soi-même – Editions Dangles 1996
-L’art d’être communicant – Editions ESF, 2008
-L’écoute thérapeutique- Editions ESF, 2009
-De l’attirance à l’amour – Editions L’Harmattan, 2010
-Face à la délinquance, un regard novateur sur la prévention de la récidive - Editions l’Harmattan, 2012
-Au cœur de la psychothérapie – Editions ESF, 2018
-Le grand livre du psychothérapeute – Editions Eyrolles, 2011

www.maieusthesie.com (Plus de 110 articles, Près de 3000 pages en libre consultation)

-Abraham Maslow -publication d’octobre 2008 avec citation de plusieurs de ses ouvrages

Trinh Xuan, Thuan
-La mélodie secrète de l’univers- Editions Folio essais Gallimard 1991
- Le monde s’est-il créé tout seul ? – Editions Albin Michel, 2008
-Et l’homme créa l’univers- Editions Gallimard, folio essais, 1991

Veldman, Frans
-L’haptonomie, science de l’affectivité – Editions PUF, 2001

Winnicott, Donald Woods
-Jeu et réalité - Editions Folio Gallimard 1975

Zadje, Nathalie- Nathan, Tobie
-Psychothérapie démocratique – Editions Odile jacob 2012

Zeldin, Theodore
-Les plaisirs cachés de la vie – Editions Fayard, 2014  

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Notes

1 Epictète « Chaque chose présente deux prises, l’une qui la rend très aisée à porter, et l’autre très mal aisée. Si ton frère donc te fait injustice, ne le prends point par l’endroit de l’injustice qu’il te fait ; car c’est par là où on ne saurait ni le prendre ni le porter ; mais prends-le par l’autre prise, c'est-à-dire, par l’endroit qui te présente un frère, un homme qui a été élevé avec toi, et tu le prendras par le bon côté qui te le rendra supportable. » (Épictète, Manuel XLIII).

 2 Sénèque « Toutes les années antérieures à eux leurs sont acquises […] Aucun siècle nous est interdit » (XIV-1, p.127), « […] la nature nous admet dans la communauté du temps tout entier. » (XIV-2, p.127). « C’est le propre d’un grand homme, crois-moi, et qui s’élève au-dessus des erreurs humaines, que de ne rien soustraire de son temps. » (VII-4, p.113).

3 Lao Tseu « Grand carré sans angles, grand vase inachevé, grande mélodie silencieuse, grande image sans contours : le TAO est caché et n’a pas de nom, cependant sa vertu soutient et accomplit tout » (Lao Tseu, 2000, 41).

 4 John Stuart Mill « Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, ils n’en auraient pas pour autant le droit d’imposer silence à cette personne, pas plus que celle-ci, d’imposer silence aux hommes si elle en avait le pouvoir […] ce qu’il y a de particulièrement néfaste à imposer le silence à l’expression d’une opinion, c’est que cela revient à voler l’humanité : tant la postérité que la génération présente, les détracteurs de cette opinion davantage encore que ses détenteurs […] Si l’opinion est juste, on les prive de l’occasion d’échanger l’erreur pour la vérité ; si elle est fausse, ils perdent aussi un bénéfice presque aussi considérable : une perception plus vive de la vérité que produit la confrontation avec l’erreur » (Stuart Mill, 1990, p.85).

 5 Virginia Johnson : « On fixa celui-ci à cinq ans et c’est sur cette période que l’on juge désormais du succès ou de l’échec d’un traitement » (1971, p.30).

 6 Pierre Kropotkine : « Je ne pus que très rarement, malgré l’attention que j’y prêtais, noter des faits de réelle concurrence, de véritable lutte entre animaux supérieurs. » (p.29).

7 Charles Darwin « Aussi complexe qu’ait été la manière dont ce sentiment a pris naissance, comme celui-ci est d’une haute importance pour tous les animaux qui s’aident et se défendent mutuellement, il aura été accru par sélection naturelle ; car les communautés qui comprenaient le plus grand nombre de membres richement doués de sympathie, ont dû prospérer mieux et élever le plus grand nombre de descendants. » (Darwin, 2013, p.244-245). « Cette vertu [Humanité], l’une des plus nobles dont l’homme soit doué, semble provenir incidemment de ce que nos sympathies deviennent plus délicates et se diffusent plus largement à tous les êtres sensibles. » (Darwin, 2013, p.266).

8 René Descartes : « …la pluralité des voix n’est pas une preuve qui vaille rien pour les vérités un peu mal aisées à découvrir, à cause qu’il est souvent bien plus vraisemblable qu’un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple » (Le discours de la méthode, 2000, p.41).   

« …je sais que je suis et je le sais parce que je doute » (Recherche de la vérité par la lumière naturelle, 1999, p.897) « Je doute donc je suis » (ibid., p.898) et, faisant parler Eudoxe dans les dialogues de Recherche de la vérité par la lumière naturelle « Donc vous êtes, et vous savez que vous êtes, et cela vous le savez par ce que vous doutez » (ibid., p.892).  

« …tout cela s’effectue sans logique, sans règles, sans formules d’argumentations, par la seule lumière de la raison et du bon sens, qui est moins exposé aux erreurs, quand il agit seul par lui-même que quand il s’efforce anxieusement d’observer mille règles diverses (Recherche de la vérité par la lumière naturelle 1999, p.896).  

« Celui qui est, comme lui, plein d’opinions et embarrassé de cent préjugés, se confie difficilement à la seule lumière naturelle car il a déjà pris l’habitude de céder à l’autorité plutôt que d’ouvrir les oreilles à la seule voix de la raison. » (ibid., p.898).

9 Fritz Perls raconté par Ginger : « Sa pratique demeure alors traditionnelle : 5 séances par semaine, de 50 mn chacune, sans aucun contact avec ses clients. Il dira plus tard qu’il était devenu un ’’cadavre calculateur’’ comme la plupart des psychanalystes de l’époque. » (Ginger, 2005, p.57).

10 Sándor Ferenczi : « Une partie de l’être reste en éveil tandis que l’autre, la partie sensible, disparaît littéralement sous le choc […] il est devenu deux, […] » (Nathalie Zajde (2012, p.180,181). « A quoi bon réveiller les vécus douloureux si c’est pour leur conférer une nouvelle recrudescence » (ibid., p.182,183).

11 Abraham Maslow : Thierry Tournebise publication d’octobre 2008 avec citation de plusieurs de ses ouvrages.

12 Martin Heidegger : « Il appartient au Dasein de devoir devenir lui-même ce qu’il n’est pas encore, c'est-à-dire de l’être » [1986, p.297] « Il y a dans le Dasein une non-entièreté constante […] ce qui appartient sans doute à un étant, mais qui lui manque encore […] Rester en attente signifie par conséquent : n’être pas encore réuni à l’ensemble dont on fait partie » (ibid. p.296).  « Le Dasein est toujours déjà "au-delà de soi", non pas qu’il se comporte ainsi envers un étant qu’il n’est pas, mais il l’est comme être tendu vers un pouvoir être qu’il est lui-même » (ibid. p.241).

13 Donald Woods Winnicott : dédicace adressée à ses patients au début de son ouvrage « Jeu et réalité ».

14 Karl Jaspers : « Dans la vie psychique malade comme dans la vie saine, l’esprit est présent » (Psychopathologie générale 2000, p.274). « Les tendances que nous avons à attribuer une grande importance à des considérations théoriques, exercent l’action la plus néfaste sur les connaissances intuitives et empiriques que nous arrivons à acquérir au sujet de nombreuses variétés d’anomalies psychiques. On quitte le monde des connaissances, en faveur de vaines abstractions » (p.328). « Mais aussitôt que nous voulons agir sur l’âme de l’homme, la clarté du but disparaît. Nous devons même nous demander consciemment, lorsque nous voulons éviter de prendre des dispositions confuses ou indifférentes : Qu’est-ce que nous voulons vraiment atteindre ? » (p.518).

15 Alexandre Grothendieck : « J’avais cru retrouver des frères en cette occasion exceptionnelle qui m’amenait, et je me trouvais devant des étrangers. […] C’est ce jour-là pourtant que j’ai dû comprendre sans paroles qu’un certain milieu, un certain monde que j’avais connu et aimé n’était plus, qu’une chaleur vivante que j’avais pensé retrouver s’était dissipée, depuis longtemps sans doute. » (2021, p.264-265).

« Notre monde si fier de sa puissance en mégatonnes atomiques et en quantité d’informations stockées dans ses bibliothèques et dans ses ordinateurs est sans doute aussi celui où l’impuissance de chacun, cette peur et ce mépris devant les choses simples et essentielles de la vie, a atteint son point culminant. » (p.210). 

Il se désole de la soumission de trop de scientifiques qui perdent leur authenticité et se laissent envahir par ’’des idées déjà entendues’’ : […] j’ai été assez peu touché par ce conditionnement-là, qu’on pourrait appeler la ’’cécité culturelle’’ - incapacité de voir (et de se mouvoir) en dehors de l’ "Univers" fixé par la culture environnante » (p.31). »

 « Le lien que je veux dire est celui d’une certaine "naïveté", ou d’une "innocence" dont j’ai eu l’occasion de parler. Elle s’exprime par une propension (souvent peu appréciée par l’entourage) à regarder les choses par ses propres yeux, plutôt qu’à travers des lunettes brevetées, gracieusement offertes par quelque groupe humain plus ou moins vaste ; investi d’autorité pour une raison ou une autre. » (p.96).

16 Edwin A. Abbott : Il nous propose un monde à deux dimensions (un plan) où vivent des êtres à deux dimensions (qui sont des formes géométriques). Jean de la Fontaine faisait une satire des hommes à partir des animaux… Abbott a fait la même chose avec des triangles, des carrés, et divers polygones, dont les caractéristiques de personnalités dépendent, cette fois-ci, du nombre d’angles qu’ils portent. Les triangles ayant des angles plus aigus, sont les plus agressifs… etc.

Mais ce qui est essentiel par rapport à notre propos, c’est l’histoire du héros qui fait un jour la rencontre inattendue et inquiétante... d'une Sphère. Il n’en voit que l’intersection avec le plan (juste un cercle visible dans son monde plan) mais, au début, cela suffit à leur échange.

Celle-ci tente de lui expliquer les notions de « en haut » et « en bas », « au-dessus » et « au-dessous », mais le Carré ne raisonnant qu’en terme de « nord, sud, est, ouest » ne comprend pas. Pour lui, en « haut » ou « au-dessus », c’est « au nord ».

Finalement, pour l’éclairer, la Sphère lui fait quitter le plan, et le Carré découvre le monde vu « d’en haut », ainsi que la forme sphérique de la Sphère. Il voit alors à l’intérieur des Êtres du plan, alors que quand il y était, il n’en percevait que le contour. Il y voit aussi « tout le contour » d’un coup, alors que dans le plan, il devait faire le tour des Êtres pour les voir entièrement.

De retour dans le plan, quand il s’éveille, il peine à partager son expérience. Et quand il la mettra en mots, personne ne saura, ou même ne voudra, l’entendre. (Abbott, p.87, 92).

17 Hélène Courtois : astrophysicienne - les rivières de galaxies
Laniakea, le superamas de galaxies dans lequel gravite la Voie lactée | National Geographic).

18 Thuan Trinh Xuan : « Il faut savoir que les propriétés de l’univers sont déterminées par une quinzaine de nombres appelés "constantes fondamentales de la nature", ainsi que par son état physique au moment de sa naissance – ce qu’on appelle les conditions initiales.[…] Nous avons pu mesurer ces nombres avec une très grande précision.[…] La précision du réglage de l’expansion de l’univers étant de 10-60, si nous invoquions le hasard pour en rendre compte, il faudrait postuler l’existence de 1060 univers différents, chacun avec sa propre combinaison de conditions initiales et de constantes physiques. » (Trinh Xuan Thuan, 2008, pp. 39-46).

19 Marylène Patou-Mathis : « […] la violence n’est pas inscrite dans nos gènes. Au contraire, il [l’Homme] a développé très tôt des comportements altruistes, à travers notamment l’empathie dont il a fait preuve envers ses semblables. Sans ce souci de l’autre, notre espèce (homo sapiens) ne serait pas apparue ou n’aurait pas survécu. […] Cette supposée "animalité en nous" est l’éternel alibi à tous nos débordements. » (Patou-Mathis, 2013, p.164).

20 Frans Veldman : « Ce partage implique une qualité de ’’sociabilité’’ qui consiste à accepter et à confirmer affectivement ’’l’autre’’ dans le Bon - Le Bon en soi - qu’il présente ou peut devenir. » (Veldman, 1989, p.45).

21 Nathalie Cabrol : « Cette observation ainsi que des travaux en biophysique ont conduit certains à se demander si la vie n’était pas un résultat inévitable, une évolution nécessaire plutôt qu’accidentelle.

Jeremy England, en 2013, montre que les systèmes biologiques émergent naturellement parce qu’ils dissipent l’énergie plus efficacement. En d’autres termes ils pourraient être le produit inévitable de la thermodynamique. » (Cabrol, 2023, p.59).

22 David Elbaz : « Mais la vie excelle plus que tout autre dans cet exercice où la réunion d’éléments matériels offre à l’univers une capacité nouvelle de répondre à sa propension à engendrer de la lumière. On l’a vu en montrant qu’un atome rayonne 200.000 fois plus de lumière dans un être vivant que dans le soleil. » (Elbaz, 2021, p.200).

23 Plotin : « L’Un n’est pas, mais il est la cause de tout ce qui est. » (Ennéade VI,8,20).

24 Thomas Hertog : « En un sens, l’holographie place la vraie origine du temps dans le futur lointain […] » (Hertog, 2023, p.359). « Mais l’observation joue également un rôle en direction du passé. […] un univers quantique et ses observateurs vont de pair […]. » (p.238). « […] l’histoire, au niveau le plus profond, émerge en remontant le temps.

Tout se passe comme si un flux constant d’actes quantiques d’observation déterminait rétroactivement l’issue du Big Bang […]. » ( p.284) « La cosmologie quantique élève le raisonnement à rebours, la faisant passer d’un simple élément rétrospectif de cette histoire à une composante rétroactive qui crée cette histoire. » (p.286).

25 Pierre Teilhard de Chardin : Parlant des atomes : « Chacun d’eux a pour volume le volume de l’univers. L’atome n’est plus le monde microscopique et clos que nous imaginions peut-être. Il est le centre infinitésimal du monde lui-même » (ibid., p .40). « L’homme ne saurait se voir en dehors de la Vie, ni la Vie en dehors de l’Univers » (Teilhard de Chardin, 1955, p.29).

« La conscience monte à travers les vivants » (Teilhard de Chardin, 1955, p195). « L’Homme ne progresse qu’en élaborant lentement, d’âge en âge, l’essence de la totalité d’un Univers déposé en lui. » (ibid., p.199).

« L’Etoffe de l’Univers, en devenant pensante, n’a pas encore achevé son cycle évolutif » (ibid. p 279).

26 Erasme : « Si la nature a fait naître chaque homme avec cette Philautie, qui est amour de soi [du moi], elle en a muni également chaque nation et chaque cité. D’où suit que les anglais revendiquent, entre autres dons, la beauté physique, le talent musical et celui des bons repas ; les écossais se vantent d’une noblesse, d’un titre de parenté royale, de l’habileté dans la controverse ; les français prennent pour eux l’urbanité ; les parisiens s’arrogent presque le monopole de la science théologique ; les italiens, celui des bonnes lettres et de l’éloquence, et ils en tirent comme peuple, l’orgueil d’être le seul qui ne soit pas barbare […] » il évoque aussi les romains, les grecs, les turcs, les juifs, les allemands etc. (Erasme - Eloge de la folie - GF Flammarion – 1964, p.52).

 27 Plotin : L’âme « …qu’elle enveloppe le corps tout entier par la vie qu'elle possède, et qu'elle s'y étend également de tous les côtés jusqu'à ses extrémités, nous dirions que l'âme n'est en aucune façon dans le corps, que c'est au contraire l'accessoire qui est dans le principal, le contenu dans le contenant » (27, IV, 3 - XX)

« L'univers est en effet dans l'Âme qui le contient, et il y participe tout entier : il y est comme un filet dans la mer, pénétré et enveloppé de tous côtés par la vie, sans pouvoir toutefois se l'approprier » (27, IV, 3 - IX) « …mais, l'âme n'est pas corps, et elle contient le corps plutôt qu'il ne la contient, il sera encore moins vrai de dire que l'âme est dans le corps comme dans un lieu, car l'âme n'est pas une partie du corps : il serait ridicule d'appeler l'âme un tout, et le corps les parties de ce tout ». (27, IV, 3 - XX)

« Chaque partie est un tout et reste un tout sans que la totalité soit amoindrie. » (traité 8, IV-9 [10] ; 2003, p.49) « Celle-ci ne comporte aucune étendue, pas même par la pensée ; elle n'a pas besoin d'être en un lieu, elle n'est contenue dans aucun autre être, ni en partie ni en totalité » […] Sans avoir d'étendue, l'âme est présente dans toute étendue ; elle est dans un lieu, et elle n'est cependant pas dans ce lieu » (Plotin, 4, IV, 2 – I)

« Les êtres ne sont pas complètement séparés les uns des autres » (27, IV, 3 – VIII).

28 John Stuart Mill :  Est utile tout ce qui donne le bonheur sans nuire à tout ce qui vit. […] cet idéal n’est pas le plus grand bonheur de l’agent lui-même, mais la plus grande somme de bonheur totalisé […] une existence aussi exempte que possible de douleurs, aussi riche que possible de jouissances, envisagées du double point de vue de la quantité et de la qualité […] Une existence telle qu’on vient de la décrire pourrait être assurée dans la plus large mesure possible, à tous les hommes ; et point seulement à eux, mais autant que la nature des choses le comporte, à tous les êtres sentants de la création ». (1988, p.57 -58).

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